par Christophe Legrenzi
L’Intelligence Artificielle générative évolue avec une rapidité surprenante. Lorsque ChatGPT est apparu le 30 novembre 2022 un nouveau monde a surgit sous nos yeux. Tout le savoir du monde était consultable à l’aide d’un seul prompt. Aujourd’hui cela parait bien loin tant les progrès se sont rapidement succédés. Ainsi depuis un peu plus d’un an sont apparus les agents IA. C’est la révolution dans la révolution car ils permettent de démultiplier la puissance des LLM..
Depuis quelques mois on assiste à leur très rapide développement. C'est une innovation considérable qui permet d'envisager des opérations qui étaient jusqu'alors jugées impossibles. Un nouveau monde s'ouvre devant nous qui dépasse de loin les possibilités offertes par les LLM. Il est pour cela important de comprendre les opportunités offertes par les agents et leurs possibilités mais aussi les risques potentiels qu'ils comportent et qu’il est nécessaire d’apprendre à maîtriser. Ce sont des enjeux stratégiques considérables. C’est le cœur de la nouvelle gouvernance des systèmes d'information.
La révolution des agents
L’agent est le résultat de la transformation d’un simple assistant conversationnel (couramment appelé chatbot) permettant d’accéder à un LLM à l’aide d’une simple phrase (un prompt) en des agents intelligents autonomes capables d’effectuer des successions d’opérations, exécuter des tâches simples mais aussi des traitements complexes, de planifier des actions, de s’enrichir par leur expérience et d’interagir avec différents outils ou sources d’informations internes, voire de s’auto-corriger. Comme on le voit, on change de monde.
On peut ainsi confier à des agents l’automatisation des processus métiers comme la gestion commerciale, la comptabilité, les ressources humaines, la logistique, … Les agents peuvent être intégrés aux systèmes informatiques existants comme les ERP, les CRM, les ITSM (1), ... Les principaux éditeurs de logiciel de gestion proposent dès aujourd’hui des agents pour améliorer les performances de leurs systèmes avec des améliorations importantes en matière de performance, de sécurité et de gouvernance.
On distingue actuellement trois types d'agent en allant du plus simple au plus complexe :
- Un copilote textuel assimilé aux agents conversationnels. Il permet de répondre à des question précises ou de traiter un document pour, par exemple, le résumer, répondre à des mails, relancer des clients, ...
- Un agent augmenté capable de mémoriser des informations liées à l’entreprise en recourant à la technologie RAG (2 ), ou de proposer des fonctions permettant d’accéder aux applications de gestion à l’aide d’APIs métir (3) et donc aux données se trouvant dans leurs bases de données,
- Des systèmes multi-agents autonomes capables de se coordonner. Ils sont apparus en 2025 et permettent d’exécuter des opérations complexes en temps réels en activant un certain nombre d’agents sous le contrôle d’un système orchestrateur. Ces systèmes peuvent prendre en charge des opérations complexes et, avec leur utilisation fréquente, ils peuvent apprendre et se perfectionner.
L’émergence d’un nouveau monde
Techniquement, l’agent moderne se compose de différents ensembles :
- un LLM comme ChatGPT (ou Copilot), Claude, Gemini, Le Chat, DeepSeek, ….
- des bases de données vectorielles (4),
- des graphes de connaissances (GraphRAG),
- une structuration avancée (StructRAG),
- des frameworks d’orchestration comme LangGraph, MGX ou Flowise.
Ces briques transforment l’agent en un véritable orchestrateur de données et de services, au lieu d’être un simple générateur de texte comme dans le cas des LLM. Les architectures multi-agents et les patterns supervisor/swarm permettent de créer des « équipes numériques virtuelles » spécialisées qui collaborent pour produire des rapports, prendre des décisions et gérer des actions complexes.
Un long cheminement
Pour comprendre les progrès réalisés dans le domaine de l’Intelligence Artificielle Générative il faut remonter 9 ans en arrière. En 2017 une équipe de scientifiques de Google a inventé deux concepts originaux : celui de « Tranformeur » et celui de « mécanisme de l’attention ». Jusqu’alors les systèmes de traitement automatique des langues piétinaient. Ces deux notions sont à l’origine des progrès réalisés et notamment de Chat GPT, GPT pour Générative Pre-Trained Tranformer. Très vite des progrès rapides ont été constatés jusqu’à l’annonce de la version 3 de Chat GPT en 2022.
Ce fut une véritable explosion. En quelques mois des centaines de millions de personnes se sont connectés au système et ont été émerveillés par la qualité des réponses dans un français parfait. De plus, les systèmes de l’IA Générative sont capables de rédiger des programmes informatiques. C’est devenu un des usages les plus fréquent de ces systèmes. Et cerise sur le gâteau, c’est gratuit (5). De version en version on a assisté à des progrès considérables. Cependant il restait des hallucinations (c’est-à-dire des mensonges), des incohérences logiques, des informations qui n’étaient pas à jours, l’absence de mémoire des opérations effectuées antérieurement, … Cela a fini par éroder la confiance des utilisateurs.
Mais surtout ces systèmes qui rédigeaient des textes de si bonne qualité n’étaient pas capables de consulter des données de l’entreprise et surtout ils ne pouvaient pas lancer des actions sur le site informatique de l’entreprise ou sur le Web. Les agents sont nés de ces constatations. Il fallait pouvoir accéder aux bases de données de l’entreprise et aux sites Web utiles pour lire et pour écrire.
Aujourd’hui de nombreux cas d’usage sont opérationnels comme par exemple :
- Le support client. Les nouveaux clients ont souvent besoin d’assistance comme par exemple avoir des explications sur les opérations qu’ils doivent effectuer, la mise en œuvre des garanties, la gestion des retours, … Grâce aux agents il est possible de traiter 80 % des demandes de 1er niveau et ainsi permettre aux personnes chargées de l’assistance de concentrer le travail sur les véritables problèmes.
- Les conseillers patrimoniaux avaient une grosse charge de travail pour suivre les dossiers de leurs clients. Ils ont ressenti le besoin d’avoir un système permettant d’analyser les portefeuilles de leurs clients, de rédiger des notes de synthèse qui leur sont destinées et de faire des recommandations d’achat ou de vente. De plus les agents ont permis de suivre en temps réel les variations des cours en bourse et de faire, le cas échéant, des suggestions.
- Les avocats ont besoin d’avoir des dossiers pour plaider. Ce travail est confié à des assistants qui doivent rechercher la jurisprudence pertinente dans le cadre d’une affaire spécifique. Lors de la rédaction des contrats il est souvent utile de disposer d’un premier jet avec des clauses contractuelles adaptées au cas particulier. Enfin il est pratique d’avoir une veille juridique pour suivre les évolutions de la réglementation. Toutes ces tâches sont prises en charge par des agents.
- L’automatisation de tâches administratives de bout en bout. Dans toutes ces entreprises il existe de nombreuses opérations répétitives de faible valeur ajoutée comme l’embauche d’un nouveau collaborateur, le traitement des factures fournisseurs, la gestion des tickets de l’assistance informatique de niveau 1, … Ces tâches sont assurées par des agents qui assurent l’orchestration entre les différents systèmes existants.
- ….
Ainsi de nombreuses tâches peuvent être prise en comptes par les agents. Mais, encore faut-il contrôler leur activité car l’observation montre qu’il existe des risques non-négligeables qu’il faut apprendre à maîtriser.
La gouvernance des agents
Pour cela il faut d’abord s’assurer de l’alignement du système. C’est un enjeu important qui est assuré par des mesures comme l'apprentissage par renforcement à partir du feedback humain (RLHF), l'apprentissage par renforcement à partir du feedback de l’Intelligence Artificielle (RLAIF), ainsi que l’IA constitutionnelle qui assure l’innocuité des retours d’information de l’IA (Constitutional AI)).
Il est aussi nécessaire d’assurer une traçabilité complète des opérations. Il est aussi indispensable de mettre en œuvre une politique de sécurité renforcée. Ces mesures sont importantes afin de garder la main sur ce que les agents peuvent réellement faire. Le potentiel de ces nouveaux agents est immense, tout autant que les risques liés à cette architecture notamment lors de la connexion entre différents systèmes informatiques.
La souveraineté et le respect du RGPD peuvent être assurés par des déploiements avec des modèles open source, des RAG sur des données de l’entreprise et le recours à des sites on-premise (c’est-à-dire de l’entreprise) ou à des clouds souverains externes.
L’enjeu est d’arriver à construire progressive à une entreprise augmentée basée sur des agents fiables, gouvernés et créateurs de valeur mesurable.
Ce texte est un résumé de la conférence faite par Christophe Legrenzi au Club de la Gouvernance des Systèmes d’Information le Mercredi 27 Mai 2026 : « Agentique : où en sommes-nous ? ». Elle a permis de faire le point sur ce sujet et de répondre à quelques questions clés comme :
- Quelle est l’origine des agents ?
- Quels sont les limites des LLM ?
- Quels sont les relations entre les agents et les LLM ?
- Comment fonctionnent de manière pratique les agents ?
- Quels sont les différents types d’agents ?
- Quels est l’importance des multi-agents et des agents d’orchestration ?
- Quels sont les cas d’usage actuels ?
- Comment améliorer la sécurité des agents ?
- Quels sont les principes de gouvernance à appliquer ?
Lire ci-dessous le support de la présentation de l’exposé de Christophe Legrenzi :
Slide
1. Introduction 3
2. L’évolution des capacités des IA 12
3. Comment fonctionnent les agents modernes 20
4. Cas d’usage et capacités actuelles 33
5. Gouvernance, sécurité et souveraineté 39
6. Conclusion et perspectives 47
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[1]
- ITSM : Information Technology Service Management ou gestion
des services informatique. C’est la gestion de la production informatique, la
surveillance de la sécurité et le cas échéant l’intervention rapide en cas
d’intrusion.
[2]
- RAG : Retrivial Augmented Generation ou génération à
enrichissement contextuel. Cette technologie permet de prendre en compte des
données propre à l’entreprise : comptabilité, gestion des ressources
humaines, contrats, …
[3]
- API : Application Programming Interface ou interface de
programmation d’application. Ils permettent d’accéder aux programmes et aux
données des applications informatiques existantes.
[4]
- Une base de données vectorielle est une base de
données qui vous permet de stocker, d'indexer et d'interroger des vecteurs ou
des représentations numériques de données non structurées, telles que du
texte, des images ou des fichiers audios.
[5]
- C’est gratuit pour les anciennes versions. Les nouvelles sont vendues à prix
d’or.