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samedi 11 janvier 2014

Les bonnes pratiques en matière de pilotage des systèmes d'information

Un système d’information est un ensemble complexe qui doit être piloté. L’expérience montre qu’un pilotage faible ou incertain peut se traduire par des pertes d’efficacité voir même des dégradations du système d’information. Dans les deux précédant messages (Voir sur ce blog le message du 1er Août 2013 : « Les bonnes pratiques enmatière de conception des systèmes d'information » et le message du 25 Octobre 2013 : « Les bonnes pratiques en matière de fonctionnement des systèmes d’information ») nous avons analysé les bonnes pratiques concernant la conception et le fonctionnement régulier des systèmes d'information.
Dans ce message nous nous efforcerons d’identifier celles concernant le pilotage des systèmes d'information et notamment le pilotage des corrections ponctuelles qu’il est nécessaire d’effectuer régulièrement et qui sont souvent la cause des dérives constatées. Dans un prochain message nous étudierons la gestion des évolutions à moyen terme des systèmes d'information. Ils nécessitent d’avoir une réflexion de type stratégique, une démarche planifiée et un contrôle des opérations effectuées.
Le pilotage des systèmes d'information repose sur une vingtaine de bonnes pratiques. Il en existe peut-être d’autres mais elles sont moins importantes :

1.     Désigner un pilote du système d’information. Un système d’information est un objet complexe. Pour le gérer de manière efficace il est nécessaire qu’il soit piloté par une personne ayant une vision d'ensemble du système. Il doit avoir la double responsabilité de gérer l’ensemble des opérations quotidiennes et périodiques et de piloter les évolutions qui seront réalisés dans les années à venir ([1]). Il a la responsabilité de détecter les goulets d’étranglement et de décider les mesures nécessaires pour améliorer le fonctionnement du système d’information. Très souvent celles-ci se traduisent par des modifications des programmes informatiques ou de l’organisation. Le pilote du système d’information doit prendre des décisions et ensuite s’assurer que ces mesures sont effectivement appliquées.

2.     Avoir un décideur consensuel, reconnu par les autres décideurs concernés. Les différentes parties prenantes concernées par le système d'information doivent avoir confiance dans le pilote. Il dirige par consensus. S’il ne bénéficie pas de cet accord implicite il aura du mal à faire correctement fonctionner le système d’information. Pour cette raison il est recommandé qu’il puisse s’adosser à un comité de pilotage (voir ci-dessous le point 5).

3.     Veiller à ce que le pilote ait des pouvoirs suffisants. Le pilote doit avoir une autorité suffisante afin d'être capable de faire exécuter les décisions qu'il est amené à prendre. Si ses choix et ses arbitrages sont contestés par les autres décideurs et leurs collaborateurs le pilotage du système d’information et la mise en place des mesures nécessaires seront difficiles à mettre en œuvre.

4.     Nommer une personne réactive. Un pilote chargé de gérer le système d’information doit être capable de réagir rapidement à tout changement du contexte. Rien n’est pire qu’un pilote qui laisse filer en se disant que les « choses rentrerons dans l’ordre d’elle-même ». Un bon pilote doit même être capable d’anticiper les dérives possibles. Pour cela il doit sentir les évolutions du contexte, éventuellement avant que les changements soient manifestes.

5.     Disposer d'un organe de pilotage adapté. La plupart des systèmes d’information sont utilisés par de nombreux partenaires de l’entreprise ([2]). Il est donc nécessaire de coordonner les opérations entre les différents responsables qui se partagent le management du fonctionnement du système d'information. Cela se fait en mettant en place un comité de pilotage dont font partie les différentes parties prenantes concernées. Ce comité doit être régulièrement informé du fonctionnement du système d’information et, le cas échant, il recommande les actions à entreprendre, fixe des priorités, dégage les ressources nécessaires,… Il ne se substitue pas au pilote, il renforce son pouvoir et son autorité ([3]).

6.     Rendre périodiquement des comptes. Le pilote agit par délégation des différents responsables concourant au fonctionnement du système d’information. En conséquence il a l’obligation d’informer régulièrement ces différents décideurs du fonctionnement du système d’information, des incidents et des difficultés rencontrées, des changements en cours et de leur mise en œuvre. Ceci peut se faire par le biais d’une réunion périodique ou, à défaut, par une note d’information ou un tableau de bord.

7.     Mettre en place un tableau de bord. Le pilote doit disposer d'un tableau de bord lui permettant de suivre le fonctionnement du système d'information. Il a pour but de lui donner une bonne visibilité sur l'ensemble du système d'information et sur toutes ses évolutions en cours. Il est recommandé de le mettre en diffusion auprès de tous les partenaires concourant au fonctionnement du système d’information de façon à ce que chacun dispose des mêmes informations. Une attention particulière doit être portée au choix des indicateurs qui permettent de suivre :
·       Les volumes d’opérations traitées par période et les pointes de charge,
·       Le nombre et la gravité des incidents constatés,
·       Le délai moyen de traitement des opérations,
·       Le nombre de modifications ou d’adaptations en cours,
·       La productivité des opérations,
·       Le coût des opérations (coût informatique, coût du système d’information)
Il peut contenir d’autres types d’information mais la liste ci-dessus est un minima à respecter.
Le tableau de bord du système d’information permet de connaître la situation actuelle du système d’information et de définir son plan d’évolution à moyen terme.

8.     Mettre en place une procédure d’escalade des problèmes. Dans le cadre de l’exécution des opérations courantes des difficultés peuvent survenir. Certaines sont simples et sont traitées par le personnel ou l’encadrement. D’autres sont plus complexes et seront pris en charge par un « help-desk » ou une équipe d’assistance. Tous les incidents doivent être enregistrés (voir point 10 ci-dessous) et analysés et sur la base de ces informations des améliorations informatiques, des formations ou des actions d’organisation doivent être apportées au système d’information.

9.     Prévenir l’apparition des conflits et les traiter dès qu’ils se manifestent. Souvent, les différentes unités concourant au fonctionnement du système d’information ont, face à une opération ou un incident donné, des approches assez différentes. Cela peut se traduire par des tensions, voir des conflits entre les unités concernées. Le pilote du système d’information doit rapidement détecter ces problèmes potentiels et prendre des mesures pour qu’ils ne s’enveniment pas. Dans la mesure du possible il doit veiller à prévenir leur apparition.

10.  Suivre les incidents. De nombreuses difficultés peuvent survenir dans le cadre du fonctionnement normal des systèmes d’information car ce sont des mécanismes délicats à régler. Lorsqu’un incident survient, quelque que soit la partie du système d’information concernée, il doit être enregistré, analysé et traité ([4]). Pour les suivre et les gérer il est nécessaire de disposer d’une base de données des incidents qui est accessible et renseignée par tous les intervenants. Une personne désignée doit être chargée d’analyser et de statuer sur les incidents signalés. Une information doit être retournée vers la personne ayant signalée l’incident. Certains problèmes rencontrés peuvent donner lieu à des modifications de programmes ou à des changements dans l’organisation des tâches. Le délai moyen de traitement des incidents est un indicateur important qui doit être suivi.

11.  Consulter périodiquement les utilisateurs et les décideurs pour recenser les demandes d’évolution qu’ils souhaitent mettre en œuvre ([5]). Périodiquement, et au moins une fois par an, il est souhaitable de consulter l’ensemble des personnes concernées par le fonctionnement du système d’information en leur demandant de signaler les améliorations qu’elles souhaitent voir mises en œuvre. Elles peuvent concerner les logiciels, leur paramétrage, les matériels, l’organisation ou la formation. Ce survol doit faire l’objet d’une synthèse largement diffusée. Elle permet d’identifier les opérations qui pourraient être effectuées et fixer leur priorité.

12.  Sélectionner les demandes en fonctions de critères simples (5). Toutes les opérations suggérées par les utilisateurs et les décideurs n’ont pas la même importance. Certaines sont urgentes alors que d’autres sont plutôt accessoires. Pour établir un planning des opérations il est nécessaire de les classer en fonction de critères simples comme, par exemple, la complexité du travail à effectuer, la charge de travail nécessaire, les conséquences des changements notamment organisationnelles, les coûts et les délais.

13.  Planifier les changements (5). Le pilote du système d’information a la responsabilité de définir un plan d’évolution à moyen terme du système d’information dont il a la charge. Il doit le fixer sur la base d’éléments objectifs et aussi subjectifs. Il doit évaluer la charge de travail de chaque opération demandée, la disponibilité des développeurs, la capacité de l’organisation à prendre en compte ces changements, … Il est aussi très important de tenir compte des appréciations des différentes parties prenantes. C’est l’aspect subjectif de la planification.

14.  Pratiquer la délégation de pouvoir. Le pilote n’a pas le temps d’effectuer lui-même toutes les opérations qui doivent être effectuées, notamment les changements importants. Ce sont souvent des opérations délicates qui peuvent représenter une charge de travail conséquente. Il les confie à des tiers. Cela se traduit par une délégation d’une partie de ses pouvoirs à des chefs de projets chargés, par exemple, de la réalisation de la partie informatique du système d'information, à des formateurs pour les actions de formation, à des managers et des organisateurs ([6]) afin de faire évoluer les méthodes de travail ou les processus.

15.  Suivre le planning et mesurer l’avancement (5). Le pilote doit nécessairement établir un planning des opérations qui doivent être effectuées et, périodiquement, il va mesurer leur avancement. C’est particulièrement le cas des changements apportés au système d’information mais ce suivi s’applique aussi aux opérations périodiques le concernant comme, par exemple, les clôtures (mensuelles, trimestrielles, annuelles) ainsi que certaines opérations quotidiennes délicates qui méritent d’être surveillées.

16.  Prévoir et suivre la charge de travail (5). Il est indispensable de prévoir la charge de travail nécessaire permettant d’assurer les évolutions du système d'information et ensuite de suivre la charge consommée. C’est en particulier le cas du travail des informaticiens mais aussi celui des utilisateurs et de leur encadrement qui participent au développement des systèmes d’information ([7]). Un suivi du rythme de consommation de la charge doit être régulièrement effectué.

17.  Fixer et suivre le budget des opérations (5). Chaque évolution apportée à un système d'information doit être identifiée et un budget doit être établi. Il doit comprendre les coûts correspondants à la charge de travail mais aussi tous les autres coûts notamment l’achat de matériels et de logiciels. Pour des raisons pratiques il est possible de regrouper ensemble différentes opérations. Périodiquement il est nécessaire de rapprocher le budget et les dépenses réelles afin de vérifier s’il n'y a pas eu sur ou sous-consommation de ressources. 

18.  Vérifier l’impact des changements. Une fois que les changements ont été effectués, que ce soit des modifications de programme ou des adaptations de l’organisation, il est nécessaire de s’assurer qu’elles ont effectivement été mises en œuvre et qu’elles ont produites les effets attendus.

19.  Effectuer périodiquement une évaluation du système d’information. Un système d’information opérationnel évolue, dérive et fini par dysfonctionner. Pour éviter cela il doit être périodiquement audité. Ceci doit normalement être effectué tous les deux ou trois ans. Ce travail doit être confié à un tiers neutre et compétent. Généralement il porte sur trois domaines :
·       La sécurité (accès au système, sécurité des données et des traitements, contrôles en place,…) ;
·       Les fonctions du système et en particulier leur adaptation aux travaux à effectuer, aux compétences des personnes, ...
·       Les performances du système d’information.

20.  Evaluer la valeur crée par le processus. Les systèmes d’information contribuent à la création de valeur par l’entreprise. Certains ont une influence massive indiscutable alors d’autres ont un impact plus incertain. De plus cet effet peut changer dans le temps et s’amenuiser dans le temps. Pour cette raison il est souhaitable d’effectuer périodiquement une appréciation de la contribution effective de chaque système d’information à la valeur crée par l’entreprise et d’évaluer l’impact des changements récents.  

21.  Gérer les risques. Tout système d’information doit faire face à des risques, notamment celui de cesser d’être opérationnel, de fonctionner en mode dégradé ou que des erreurs soient commises sans être détectées. Il est pour cela nécessaire d’identifier les principaux facteurs de risque et de les évaluer de façon à s’assurer que leur niveau reste raisonnable. S’il est trop élevé, des mesures doivent être prises pour diminuer le niveau de risque et, au cas où le ou les risques se manifestent, on doit avoir prévu des mesures pour reprendre le contrôle des opérations et diminuer l’impact de l’incident.

22.  Gérer la sécurité. Les systèmes d’information doivent être protégés contre les fraudes, les incidents et aussi les erreurs que peuvent commettre des différents opérateurs intervenants dans le cadre de ce système. Il faut s’assurer que des dispositifs de sécurité ont été mis en place, qu’ils sont suffisants pour atteindre le niveau de sécurité recherché et qu’ils fonctionnent effectivement. De même des consignes doivent avoir été données au personnel et il est nécessaire de s’assurer qu’elles sont effectivement appliquées.

23.  S’assurer du respect des règles de contrôle interne. Les systèmes d’information doivent respecter un certain nombre de règles fondamentales de contrôle interne comme le suivi des opérations, l’existence d’un tableau de bord, une définition claire des responsabilités, l’évaluation des risques, la gestion de la sécurité, la complétude de la documentation,…. Le management a la responsabilité de mettre en œuvre ces différents dispositifs.

Comme on le voit le pilotage des systèmes d’information est une tâche délicate. Il est pour cela nécessaire de mettre en place un dispositif adapté et efficace. La gestion des changements apportés demande une réflexion de type stratégique, une démarche planifiée et un contrôle des opérations effectuées. L’objectif est d’arriver à faire évoluer les systèmes d’information de manière régulière et efficace. Il est pour cela indispensable qu’il existe un responsable de la gestion et du pilotage de ses évolutions de chaque système d’information.

Voir la suite : Les bonnes pratiques en matière de gestion de l’évolution des systèmes d'information



[1] - Il ne faut pas confondre la fonction de pilote d'un système d'information avec celle de maître d'ouvrage qui est un terme très général qui désigne la personne ayant la responsabilité de la conception du système d’information. Il faut noter que ce schéma ne correspond pas toujours aux pratiques observées.
[2] - S’il n’y a qu’un seul utilisateur du système d’information le pilotage devient beaucoup plus simple, mais ce n’est pas la situation la plus fréquente.
[3] - Parfois, il arrive que le comité de pilotage ait tendance à devenir un organisme chargé de juger le pilote du système d’information. Mais imaginer que c’est un tribunal est une mauvaise pratique contre laquelle il faut lutter.
[4] - Ce traitement ne doit pas être confondu avec l’ouverture des tickets au helpdesk lorsqu’un utilisateur l’appel. Cependant une partie des problèmes qui sont signalés par les utilisateurs sont des incidents mais il y a dans le flux d’appels de nombreuses autres demandes.
[5] - Cette bonne pratique est commune à ce domaine et au domaine suivant : « les bonnes pratiques en matière de gestion de l’évolution des systèmes d’information ».
[6] - Jadis de nombreuses entreprises, notamment les banques et compagnies d’assurance, avaient dans leurs équipes des organisateurs. Aujourd’hui ils ont disparu. Leur rôle est pris en charge par les chefs de projets, le maître d’ouvrage, les analystes,… Il n’est pas certain qu’on ait gagné au change.
[7] - Très souvent la charge de travail des utilisateurs, des maîtres d’ouvrage et des décideurs n’est pas pris en compte dans les budgets. Ceci amène des sous-évaluations significatives et entraîne l’apparition de goulets d’étranglement qui peuvent se traduire par des retards significatifs.

jeudi 1 août 2013

Les bonnes pratiques en matière de conception des systèmes d'information

La gouvernance des systèmes d’information comprend quatre grands domaines (Voir sur ce blog le message du 9 juillet 2012 : « La gouvernance des projets de système d’information » ) :
-       La conception des systèmes d'information :
Un système d'information, quel qu'il soit, est bâti sur une conception d'ensemble. La qualité de cette démarche détermine en bonne partie l'efficacité du système d'information.
-       Le fonctionnement des systèmes d'information :
Il est important de s’assurer que le système d'information fonctionne de manière régulière et efficace. Il faut s’assurer qu’il est performant et sécurisé. Un responsable gère et pilote le système d’information.
-       Le pilotage des évolutions des systèmes d'information :
Les modifications du système d'information se font dans la durée. Il est pour cela nécessaire de piloter ces opérations. La perte de contrôle de ce processus se traduit par une dégradation du système d’information.
-       L'évolution des systèmes d'information
Les changements apportés au système d'information nécessitent une réflexion de type stratégique, une démarche planifiée et un contrôle des opérations effectuées.
Ces quatre domaines sont le cœur de la gouvernance des systèmes d’information.
Dans ce message nous allons nous intéresser à la conception des systèmes d’information. L’observation montre qu’ils ne se développent pas au hasard. Ce sont des objets construits selon des règles et des principes clairs et compréhensibles. Comme pour bâtir une maison on commence par les fondations et on finit par le toit. Il est difficile de faire l’inverse. C’est la même chose en matière de conception de système d’information. Il est nécessaire de suivre une logique assez rigoureuse et cela permet de construire un système d’information efficace. On parle, d’ailleurs, d’une architecture. Le terme est un peu excessif mais il décrit bien ce qui est effectué. On s’efforce de construire en suivant une démarche cohérente.
Un système d'information, quel qu'il soit, est bâti sur la base d’une conception d'ensemble. La différence entre un système d'information de qualité et efficace et celui qui ne l’est pas tient à la qualité de leur conception. Bien conçu il sera facile à maîtriser et à piloter. Mal conçu il devient très vite une sorte de machine folle. Ensuite, une fois ces systèmes mis en place, ils peuvent évoluer pour s’adapter aux évolutions demandées par les métiers, les clients et les utilisateurs mais ils restent conditionnés par leur conception.
Ces règles et ces usages sont connus de tous et chacun s’efforce de les appliquées, mais elles ne sont pas systématiquement appliquées. Ces bonnes pratiques sont la base de la gouvernance des systèmes d’information.
Il existe une vingtaine de bonnes pratiques en matière de conception de système d’information. C’est un ordre de grandeur. Il y en a peut-être d’autres mais elles sont moins importantes :

1.      Concevoir l’architecture du système d’information. Un système d'information efficace repose sur une architecture claire et efficace. C’est un principe simple. Elle comprend deux volets : la conception de l’application informatique et la définition de l’organisation qui va être mise en place. Il arrive que certains systèmes d'information souffrent d’erreurs de conception. Ceci fait qu’ils ont une certaine difficulté à fonctionner dans de bonnes conditions. Cela entraine des performances médiocres et des coûts de maintenance élevés. De même il est nécessaire de concevoir une architecture de l’organisation performante. La qualité de l’architecture est un facteur clé de la gouvernance des systèmes d’information.

2.      Gérer le projet en mode projet. La définition, la réalisation et la mise en place d’un système d’information se fait en mode projet comme c’est le cas pour la partie informatique dès que le volume de développement dépasse certain un seuil ([1]). En fait, il existe deux projets : le premier concerne la réalisation et le test des logiciels, le second concerne l’évolution de l’organisation. Cette évolution est délicate et se fait en mode projet. Ce n’est pas un petit projet d’organisation effectué dans le cadre d’un grand projet informatique. Ce sont en fait deux projets qu’il faut être capable de mener de front.

3.      Accorder une grande importance de l’organisation. L’efficacité du système d’information dépend pour une grande partie de la qualité de l’organisation mis en place. Elle comprend différents types de travaux :
-      l’identification des tâches, leur regroupement, leur suppression, leur fusion,…
-      la répartition des tâches entre les différents intervenants,
-      l’efficacité des contrôles mis en place,
-      le développement des compétences du personnel,
-      la formation des intervenants,
-      …
La qualité de la conception de l’organisation est un facteur clé de l’efficacité des systèmes d’information.

4.      Définir la conception globale en deux étapes. La première phase du développement d’un système d’information est celui de la conception. C’est un processus complexe. Il est généralement effectué en deux étapes. La première consiste à définir les caractéristiques générales du futur système d’information. C’est l’étude de faisabilité. La seconde phase permet d’identifier les fonctions à mettre en œuvre et l’organisation à mettre en place. C’est le but de l’analyse fonctionnelle et le document de conception de l’organisation. Il est toujours possible d’effectuer ces deux étapes en une seule mais l’expérience montre que ce regroupement a pour conséquence d’augmenter le niveau de risque.

5.      Rédiger un document de référence. La conception du système d'information se traduit par un document qui peut porter différents noms comme celui de schéma directeur, d’analyse fonctionnelle, de cahier des charges, de schéma d’organisation ou d’analyse de processus. Il décrit les principales fonctions à mettre en œuvre. Il peut être complété par la description du modèle d’organisation, la présentation de l’architecture du système d’information, l’identification et l’analyse des processus. L’absence de ce document de référence risque de rendre le développement du système d’information assez aléatoire. 

6.      Identifier des fonctions et des processus. La conception de l'architecture du système d'information repose sur l'identification des différentes fonctions à mettre en œuvre. Elle est basée sur le repérage des tâches nécessaires et la définition de leur enchaînement. Celles-ci Elles peuvent être manuelles ou informatisées. Chaque tâche est évaluée. Elles peuvent être maintenues tels quelles, étendues, regroupées, supprimées, éclatées en plusieurs tâches, … Il est ainsi possible de définir de nouvelles fonctions et de redéfinir les processus qui sont la base de l’organisation du futur système d’information.

7.      Prendre en compte le rôle particulier joué par le système informatique. Le fonctionnement du système d'information repose en grande partie sur un système informatique sous-jacent mais ce n'est pas tout le système. Confondre le système d’information avec le système informatique est source de difficultés. L’application informatique n’est qu’une partie du système. C’est un ensemble significatif mais ce n’est pas l’intégralité du système d’information. Il est important de s’assurer que le système informatique est adapté à l'organisation en place et aux compétences des personnes chargées de le faire fonctionner.

8.      Faire participer les personnes concernées par le futur système d’information à sa conception. Le système d’information va être mis en œuvre et rendu opérationnel grâce aux différentes personnes qui sont chargées de saisir les données et d’exploiter les résultats. Il est important qu’elles participent à la définition de l'organisation à mettre en place et aussi à l’identification des différentes fonctions à mettre en œuvre. Enfin elles doivent participer à la validation de l'architecture du système d'information.

9.      Partir de l’existant et le faire évoluer. La plupart du temps la conception du nouveau système d'information se fait à partir d’un système informatique et une organisation préexistante. Il est donc important de commencer la conception du futur système d’information par une analyse de l’existant faisant apparaître les points forts et les points faibles. Ensuite en tenant compte des menaces et des opportunités les concepteurs du système d’information vont définir la manière de le faire évoluer.

10.   Désigner un responsable du système d'information. Il est nécessaire qu’une personne soit responsable de la conception du système d’information et ensuite de son fonctionnement. Ce peut être la même personne mais souvent ce sont deux personnes différentes. Souvent on nomme un responsable hiérarchique mais on peut aussi confier cette charge à un responsable fonctionnel. Pour être efficace il est nécessaire qu’il ait la responsabilité de l’ensemble du système d’information et pas seulement d’une partie.

11.   Choisir une architecture adaptée. Il existe différentes approches en matière de conception de système d'information : décentralisation ou centralisation, intégration ou segmentation, approche par fonction ou par processus, … A la fin des années 90 on a surtout cherché à développer des systèmes décentralisés. Aujourd’hui on cherche à mettre en œuvre des systèmes centralisés. Cela n’a pas les mêmes conséquences. Il est nécessaire de faire des choix entre ces différentes options. Ce sont des choix structurant qui ont un impact important sur l’organisation du système d’information et sur les contrôles à mettre en place.

12.   Respecter les règles de contrôle interne. Il est important de s’assurer que le futur système d’information dispose d’un niveau de contrôle interne adapté en fonction du niveau du risque. Des contrôles suffisant doivent être mis en place :
-      Ils peuvent être effectués au fur et à mesure de la saisie des opérations ou de la réalisation des traitements.
-      Il est possible de regrouper tous les contrôles effectués en une session à la fin de période.
Ces contrôles doivent donner une assurance suffisante de la maîtrise des opérations.

13.   Evaluer et suivre les risques. Il est nécessaire d’effectuer une évaluation des risques liés à la conception du système d’information. Elle est effectuée dès le lancement du projet et répétée aux principales étapes du développement du système d’information. Au minimum il est nécessaire d’établir la liste des risques et effectuer leur cotation mais il est préférable d’estimer le montant de l’espérance mathématique des risques. Ceux-ci concernent l’informatique mais aussi l’évolution de l’organisation.

14.   Définir des dispositifs de sécurité adaptés. Il est nécessaire de prévoir dès la conception du système d’information des outils permettant d’assurer un niveau de sécurité satisfaisant.  Il est nécessaire de :
·       contrôler les accès aux systèmes, aux données et aux traitements,
·       vérifier l’exactitude des traitements effectués,
·       éviter les copies de bases de données.

15.   Chiffrer le montant de l’investissement. La conception, la réalisation et la mise en œuvre d’un système d’information est un investissement significatif. Il est important de l’évaluer dès le lancement du projet. Ce montant comprend les développements informatiques, les achats de matériels,… mais aussi toutes les autres charges comme les frais de mis en place, de formation, de réorganisation,…. Ce chiffrage va être mis à jour à chaque étape du projet de façon à détecter d’éventuels dérives.

16.   Suivre l’avancement du projet. Il est nécessaire de faire périodiquement sur l’avancement du projet. Il ne s’agit pas uniquement de suivre la réalisation du logiciel mais de couvrir l’ensemble des opérations liées à la conception du système d’information :
·       la conception de l’organisation,
·       la conception du système informatique,
·       la réalisation du logiciel,
·       les tests du logiciel,
·       la mise en place de l’organisation,
·       la formation des personnes concernées,
·       le démarrage notamment s’il y a de nombreux sites.

17.   Assurer le suivi des dépenses investies. Une fois le projet en cours de réalisation Il est nécessaire de mettre en place un dispositif comptable permettant de connaître le niveau des dépenses effectuées. Comparé au degré d’avancement du projet il est possible d’affiner l’estimation du coût final du projet. L’objectif est de détecter rapidement toute dérive budgétaire significative.

18.   Estimer les coûts prévisionnels de fonctionnement du système d’information. Il est de même très important d’évaluer de manière prévisionnelle le niveau des dépenses courantes du futur système d’information ainsi que les coûts immobiliers, les quotes-parts de frais généraux,…. Ce sont des coûts complets comprenant non seulement les coûts informatiques mais aussi les coûts des personnels chargés de faire fonctionner ces systèmes d’information. Une fois le système d’information opérationnel il est souhaitable de mesurer le niveau des dépenses effectivement constatées et de justifier les écarts constatés.

19.   Evaluer la rentabilité de l’investissement. Parmi toutes les opportunités d’investissement ceux faits dans le domaine des systèmes d’information ont les rentabilités les plus élevées. Faut-il encore que cette rentabilité soit mesurée ! C’est vital. Or trop souvent ce calcul n’est pas fait ([2]). Cette bonne pratique être impérativement mise en œuvre sans cela on a toujours le risque d’effectuer des investissements peu ou pas rentables et de ne s’en apercevoir que tardivement une fois le système d’information est en place.

20.   Accorder au management de l’entreprise un rôle clé. Les orientations concernent le futur système d’information doivent être discutées et approuvées par le management de l'entreprise. C’est le rôle du comité de pilotage ou des comités de direction. Il détermine les grandes orientations, valide les principaux choix, fixe les priorités, arrête les budgets, … L’absence d’engagement du management est une cause fréquente de dérive des opérations.

21.   Faire valider le projet par toutes les parties prenantes. Les principales orientations du futur système d’information doivent être validées par les différentes personnes qui vont le mettre en place puis ensuite le faire fonctionner. Ceci est, pour l’essentiel, effectué au moment de la validation du cahier des charges mais cette validation concerne surtout la partie informatique du système d’information. La définition de l’organisation et la manière dont le nouveau système va se mettre en place et faire l’objet d’une validation mais c’est moins courant. Ceci explique fréquemment le rejet du changement.

22.   Mettre en place un tableau de bord du projet de système d’information. Un projet de système d’information est toujours une opération délicate à piloter. Pour y arriver dans de bonnes conditions il est nécessaire de mettre en place d’un suivi du projet, non seulement de la partie informatique mais de l’ensemble du système d’information. Il est pour cela nécessaire de mettre en place un tableau de bord permettant de détecter rapidement d’éventuels dérapages de façon à réagir à temps. L’absence de tableau de bord où sa limitation à la seule étape de la réalisation informatique est une fragilité.

Comme on le voit il est important de faire la différence entre le système d’information et le système informatique. Le principal objectif n’est pas de produire du code mais de définir une nouvelle organisation et de mettre en œuvre l’application informatique la supportant.

Voir la suite : Les bonnes pratiques en matière de fonctionnement des systèmes d'information
Les bonnes pratiques en matière de pilotage des systèmes d'information et
 Les bonnes pratiques en matière de gestion de l’évolution des systèmes d'information




[1] - Ce seuil est variable. Au-delà de 50 mois-hommes (1.000 jours-hommes) il est impératif de mettre en place un dispositif de gestion de projet. Souvent le seuil est abaissé et peut descendre jusqu’à 10 mois-hommes (200 jours-hommes). En dessous, de ce seuil il est rare de rencontrer une organisation en mode projet digne de ce nom.
[2] - Il est assez étonnant de comparer les efforts effectués pour mesurer les coûts des projets et le faible intérêt porté à leur rentabilité.