Pages

dimanche 2 septembre 2012

L’observatoire des projets stratégiques



La gestion de projet est un art difficile. Il est toujours délicat de mener un projet à son terme un projet tout en respectant les budgets qui ont été fixés au préalable. Heureusement il existe un nombre croissant de projets qui arrivent aux résultats attendus, dans les délais prévus et dans le cadre du budget déterminé.

Mais ce n’est pas le cas le plus courant. Il existe encore de nombreux projets qui dérivent et finissent par dépasser les budgets ou les délais les plus pessimistes. Heureusement il existe aussi d’autres projets, qui aurait normalement dû dériver, mais qui finissent dans les budgets et les délais prévus.
L’expérience montre que la maîtrise d’un projet est un enjeu important et c’est toujours une opération délicate.
Pour éviter ces dérives il est souhaitable d’appliquer les bonnes pratiques de gestion de projet. Ce sont des démarches que tout le monde connait. Chacun reconnait qu’elles doivent être appliquées mais qui ne sont pas toujours mis en œuvre. Un premier objectif est de mettre en œuvre ces bonnes pratiques.
Mais il est tout aussi important d’éviter de mettre en œuvre certaines mauvaises pratiques. Elles aussi sont parfaitement connues mais, malheureusement, trop souvent on continue encore d’y recourir.
Pour cela il est nécessaire d’observer l’état des pratiques en matière de gestion de projet. Or, il faut bien le constater, il n’existe pas beaucoup d’enquêtes sur l’analyse des pratiques en ce domaine.

Le référentiel classique : le Standish Group

En ce domaine l’enquête du Standish Group fait référence. La première date de 1994 et elle est effectuée tous les deux ans. Elle calcule le pourcentage de projets qui réussissent, qui dérapent et ceux qui sont abandonnés. La comparaison des chiffres d’origine et les plus récents font apparaître des progrès significatifs.


1994
2009
Réussite
16 %
32 %
Dérive
53 %
44 %
Echec
31 %
24 %

Evolution des principaux indicateurs suivis par le Standish Group

L’observation de ces chiffres permet de dégager quatre tendances se dégagent :
·       Augmentation du taux de réussite des projets. En 1994 seulement 16 % des projets réussissaient dans les budgets et les délais prévus. C’était une situation insatisfaisante. Seize ans plus tard le taux de réussite a doublé pour arriver à 32 %. En gros le taux de réussite des projets a augmenté de 1 % par an au cours de la période. Cela montre que les efforts effectués dans le domaine de la gestion de projet ont été payants mais c’est un processus assez lent.
·       Réduction du nombre de projets arrêtés avant d’être arrivés à leur terme. Il est normal qu’il y existe des échecs. Le taux de 31 % constaté en 1994 était inquiétant. Il était le signe d’une fragilité indiscutable. On est arrivé seize ans plus tard à 24 %. C’est un résultat très positif mais encore trop élevé. Il reste encore des progrès importants à réaliser dans ce domaine. On peut noter qu’en 2002 ce taux d’échec était tombé à 15 % ce qui était très satisfaisant mais depuis quelques années on constate que le taux d’échec est remonté à 24 %.
·       Tendance à la réduction du nombre de projets dérivants. Simultanément on note une baisse significative du nombre de projets connaissant une dérive. En seize ans ils sont passés de 53 % à 44 %. C’est une baisse intéressante mais la probabilité de dérive reste encore trop élevée.
·       Diminution de la dérive des projets à problème. La dérive moyenne est de 40 %. Elle concerne aussi bien la charge de travail, les coûts ou les délais. On évoque souvent des dérives de 100 ou 200 % mais ces cas sont rares. Les dérives observées sont généralement plus faibles. C’est la preuve d’une meilleure maîtrise des projets. Mais elle reste encore trop élevée. Il existe aussi en ce domaine une marge de progrès significative.
Ces quatre chiffres permettent d’apprécier l’impact de la gestion de projet. Malheureusement la démarche du Standish Group ne va pas plus loin. En particulier elle n’explique pas la ou les causes des phénomènes observés. Si les ratios sont bons, tant mieux, s’ils se dégradent, on ne peut que le constater et le regretter. Dans ces conditions les chefs de projet et les directeurs d’études ont du mal à définir les différents dispositifs de gestion de projet à mettre en place.

L’ambiguïté des résultats

Les chiffres du Standish Group posent de nombreux problèmes d’interprétation. Ainsi on met dans la même catégorie le projet ayant été arrêté dès l’étude d’expression des besoins et celui qui est mené jusqu’à son terme et qui est refusé aux tests.
De même à partir de quel moment doit-on considéré qu’un projet n’a pas réussi et qu’il dérive. Est-ce 5 %, 10 % ou plus ? Il est certain que si on fixe comme règle de n’avoir aucune dérive tant en matière de délais que de budget il risque alors d’y avoir peu de projets éligibles au statut de « Réussite ».
Mais surtout l’étude du Standish Group ne permet pas d’identifier les facteurs de réussite et d’échec des projets. Dans ces conditions il est difficile de savoir quelles sont les mesures qu’il faut prendre pour réduire le taux d’échec, limiter le nombre de projets qui dérivent et surtout de réduire le pourcentage de dérive observé.
Plus généralement, ceci est dû au fait que ce type d’enquête ne permet pas d’identifier les bonnes pratiques mises en œuvre et de mesurer leur impact. Il est pour cela nécessaire de ne plus se limiter à l’analyse des projets mais de s’intéresser à l’organisation de la fonction études.

Une initiative intéressante : l’Observatoire des projets stratégiques

C’est justement l’objet de l’Observatoire des projets stratégiques. Ce projet a été lancé à l’initiative d’un cabinet de conseil : Daylight et deux organismes universitaires : l’ENSIIE (Ecole Nationale Supérieur d’Informatique pour l’Industrie et l’Entreprise) et l’IAE de Lille ([1]). Ils ont eu l’excellente idée de lancer une enquête approfondie sur la pratique de la gestion de projet des entreprises françaises.

Première page du rapport

Ils ont ensemble lancé le programme Aurore afin de mieux comprendre l’impact des différentes mesures possibles sur la réussite des projets. Les objectifs de ce programme est de :
·       Déterminer l’impact des mesures permettant de mieux maîtriser les projets.
·       Identifier les facteurs déterminants la réussite des projets.
·       Mesurer l’influence des facteurs humains sur les projets, notamment les compétences des personnes et leur aptitude au commandement.
L’observation montre qu’il existe une forte corrélation entre le type de moyens mis en œuvre par les entreprises et le taux de réussite des projets informatiques. Un modèle empirique a été conçu et il a été validé sur la base des observations effectuées. Cela fait la troisième année que cette enquête est réalisée et le rapport disponible concerne l’année 2011. Toutes les informations concernant cette enquête sont disponibles sur le site de l’observatoire.
Le questionnaire est consultable sur le site de l’observatoire.
La troisième enquête vient d’être lancée. Son questionnaire est disponible.  
Le rapport del’enquête 2011 est téléchargeable.
A la lecture de ce rapport un certain nombre de faits significatifs se dégagent.

Quelques constats simples

Le taux de réussite des projets est satisfaisant et confirme les chiffres du Standish Group : « 47% des répondants estiment que plus de la moitié de leurs projets réussissent ».
Par contre on constate que : « le taux d’échec des projets reste élevé ». L’enquête montre que 26 % des répondants déclarent que : « plus de la moitié de leurs projets dérapent de plus de 15% en termes de coûts, de délais ou de périmètre ». La formulation est un peu complexe mais la tendance qui se dégage est simple : un quart des entreprises ont du mal à maîtriser leurs projets.
Le taux de réussite ou d’échec des projets est en fait lié à l’organisation spécifique à certaines entreprises. Elles arrivent à maîtriser leurs projets dans de bonnes conditions alors que d’autres rencontrent plus de difficultés.
Bonne nouvelle, toutes les entreprises font de la gestion de projet, du moins toutes celles ayant participées à l’enquête. C’est une activité parfaitement identifiée. Cependant on note que les manières d’aborder cette démarche sont assez différentes d’une entreprise à l’autre :
·       Les entreprises déclarent utiliser de nombreuses méthodes de gestion de projet comme MCP, SDMS, Prince2, RUP, RAD, SCRUM,…. Cependant on constate qu’aucune méthode ne peut être considérée comme un standard.
·       30 % des entreprises recourent à une démarche de gestion de projet formalisée et l’ont réellement misent en œuvre. C’est un pourcentage intéressant mais ce n’est qu’un petit tiers des entreprises. En vérité près de la moitié des entreprises, plus précisément 46 % d’entre elles, n’ont pas de référentiel ou si elles en ont un, il n’est pas obligatoire de l’utiliser et sa mise en œuvre est laissée à l’initiative de chaque chef de projet. Plus précisément 22 % des entreprises n’ont aucune méthode et 25 % ont défini un référentiel mais il n’est pas appliqué de manière systématique à tous les projets.
·       Dans 40 % des cas le choix du référentiel est laissé à l’initiative des chefs de projet. Cela ne veut pas dire que n’importe qui fait n’importe quoi mais cela signifie une certaine hétérogénéité des méthodes mises en œuvre.
·       Parmi tous les projets certains sont stratégiques. Ils représentent pour l’entreprise un enjeu très important. Or, on constate que ceux-ci sont particulièrement fragiles : 55% des entreprises estiment qu’entre 16% et 50% de leurs projets stratégiques sont abandonnés en cours de route.
·       Pour gérer efficacement un projet il est nécessaire de disposer d’un « système d’information projet » permettant de suivre son avancement et le cas échéant pour intervenir rapidement. Or, un quart des entreprises ne dispose pas de ce type de dispositif. Parmi les autres, la moitié des entreprises disposent d’outils hétérogènes. Seules 20 % des entreprises ont des tableaux de bord de projet et uniquement 9 % des entreprises utilisent des outils collaboratifs permettant de faciliter la réalisation des projets.
·       Plus étonnant, seulement 43 % des entreprises évaluent de manière prévisionnelle les coûts des projets. Cela ne veut pas dire que la majorité des entreprises ne suivent pas le coût des projets. Elles peuvent disposer d’un suivi des dépenses mais dans 43 % des cas il n’est pas possible de comparer les réalisations et les prévisions, car celles-ci n’existent pas.
·       En fait seuls 9 % des entreprises établissent des « business cases » complets, c’est-à-dire des études d’expression des besoins. Ce n’est pas brillant. C’est une véritable faiblesse qui explique une bonne partie des dérives constatées. D’un autre côté cela montre qu’il existe encore une marge de progrès significative et de plus elle est assez facile à mettre en œuvre.
·       Ceci est peut-être dû au fait que seulement un tiers des entreprises considèrent que la fonction de chef de projet est un métier à part entière. Pour 21 % des DSI et 47 % pour des maîtrises d’ouvrage la fonction de chef de projet est temporaire. C’est une mission ponctuelle.
·       Ceci se retrouve dans la formation des chefs de projet. Seulement 39 % des DSI et 13 % des responsables se trouvant dehors de la DSI prennent en compte ces besoins. En effet, pour quelle raison pour former les chefs de projet puisque la plupart des responsables considèrent que c’est une fonction temporaire !
·       Autre faiblesse : 62 % des entreprises n’ont pas de structure permanente dédiée au support des projets type PMO. Lorsque ces structures existent, elles ont pour but de renforcer la méthodologie de gestion de projet utilisée par l’entreprise (42 %), mettre en place une gestion de portefeuille de projets (35 %) et assurer la planification des opérations (31 %). On constate que cette structure a très rarement un rôle de capitalisation des connaissances.
·       Autre fait significatif : la moitié des entreprises n’effectuent pas d’évaluation des projets terminés. Il est dans ces conditions très difficile de bénéficier des leçons de l’expérience.
·       41 % des entreprises effectuent des analyses des risques liés aux projets. C’est intéressant. De plus, 35 % des entreprises effectuent des études de risques ponctuelles. Seulement 21 % des entreprises ne font aucune étude de risques. C’est un progrès appréciable.
Ces chiffres montrent que les entreprises ont pris conscience de l’importance de la gestion de projet. Mais ils font aussi apparaître l’existence de nombreuses fragilités. Il existe encore une marge importante de progrès. Afin d’arriver à un niveau de maturité satisfaisante il est encore nécessaire de réaliser des efforts importants.

Deux enseignements fondamentaux

L’enquête de l’Observatoire des projets stratégiques fait apparaître deux résultats importants qui permettent de dégager des axes de progrès en matière de gestion de projets :
·       Le taux de réussite des projets dépend directement des moyens mis en œuvre. Si les processus de gestion de projet ont atteint un niveau de maturité suffisant et si les entreprises ont mis en place des moyens sérieux pour les mener à bien, on constate alors un taux de réussite des projets nettement plus élevé. Les entreprises ayant mis en place des structures de gestion de projet ont une capacité élevée à réussir leurs projets et en particulier les projets à enjeux stratégiques. Au contraire, les entreprises ayant peu ou pas de structure de gestion de projet souffrent d’un taux d’abandon élevé des projets et ont une forte tendance à voir leurs projets déraper.
·       La capacité des entreprises à détecter rapidement les problèmes critiques et le taux de réussite des projets. Il existe une forte corrélation entre la capacité à détecter les problèmes et le taux de réussite des projets. 50 % des entreprises détectent précocement les problèmes qui peuvent survenir notamment ceux concernant les coûts, les délais, et le périmètre fonctionnel. Le délai de réaction idéal est inférieur à la semaine. Elles sont capables de faire rapidement remonter l’alerte au bon niveau de décision. A l’inverse, les entreprises peu réactives, c’est-à-dire réagissant en plus de deux semaines, sont moins performantes et souffrent d’un taux important d’abandon des projets.
Ces constatations montrent que pour augmenter le taux de réussite des projets il est nécessaire d’améliorer les processus de gestion de projet. Pour cela on doit mettre en place une structure permanente d’aide aux chefs de projets. Il est aussi important d’adapter l’organisation des équipes projet de façon à renforcer la réactivité. Il est pour cela nécessaire de faire très rapidement remonter le constat d’éventuels dérives au niveau nécessaire afin que la bonne décision soit prise sans tarder.

Les bonnes pratiques en matière de gestion de projet

Les résultats de l’Observatoire des projets stratégiques montrent l’importance d’appliquer les bonnes pratiques. Ce sont particulièrement quelques règles de base :
·       Systématiser la réalisation de « business cases ». Tout projet d’une certaine importance doit faire l’objet d’une étude de faisabilité. C’est une règle impérative. C’est le moyen le plus efficace pour limiter les dérives fonctionnelles, de délais ou de budget. Cette étude doit être faite dès que le projet représente plus de 100 jours de conception et de développement.
·       Évaluer systématique les projets 6 mois après leur démarrage de façon à détecter d’éventuelles faiblesses dans le processus de gestion des projets : sous-évaluation ou oubli de certaines étapes, livraison tardive, validation incomplète,…. L’absence d’évaluation fait que les mêmes erreurs se répètent de projet en projet.
·       Mettre en place des tableaux de bord des projets. Il est indispensable de suivre l’évolution de chaque projet pas à pas. Pour cela on va s’attacher à suivre la consommation de la charge, les dépenses, l’avancement,… Ce document établi par le chef de projet permet à la maitrise d’ouvrage et à toutes les parties prenantes de suivre le projet et éventuellement détecter des dérives.
·       Des chefs de projet permanents et formés. C’est un métier de professionnels, exercé à plein temps, pendant une durée significative de leur vie active de façon à acquérir une expérience suffisante. Il faut le détail des opérations liées aux projets. Il est nécessaire de connaître apprendre à faire face aux principales difficultés rencontrées. Cela prend du temps. Un important effort de formation aux techniques de gestion de projet est nécessaire.  
·       Mettre en place des PMO. Les chefs de projets doivent être assistés par des personnes chargées de les aider à mener à bien leurs tâches. Ces PMO n’ont pas seulement un rôle de suivi et de coordination mais ils doivent exercer une mission plus large couvrant la méthode de gestion de projet et de capitalisation des connaissances.
·       Mettre en place un dispositif d’alerte. Dès qu’un projet s’écarte de manière significative de sa feuille de route théorique il est nécessaire de réagir le plus vite possible. Cette réactivité repose sur un dispositif d’alerte remontant très rapidement l’information auprès des décideurs afin qu’ils prennent immédiatement les mesures nécessaires.
Ces bonnes pratiques peuvent paraître évidentes mais l’observation montre qu’elles ne sont pas toujours mises en œuvre. Il existe en ce domaine une marge de progrès importante.

Des mesures simples à mettre en œuvre

Pour améliorer l’efficacité des projets il est nécessaire de mettre en place différentes mesures simples telles que :
·       Mettre en place d’un référentiel de gestion de projet. Pour faciliter le dialogue entre les différentes parties prenantes il est nécessaire de définir des concepts et des points de contrôle communs. Il faut que tous les parties prenantes au projet parlent le même le langage. Ce référentiel doit être indépendant des technologies mises en œuvre ou des langages utilisés (Cobol, Java, PHP, transactionnel, batch, Web,…).
·       Définir précisément le rôle du chef de projet. Contrairement à une idée souvent répétée il n’est pas responsable de tout sans cela il a changé de fonction et il n’est plus simplement chef de projet mais maître d’ouvrage. Pour éviter cela il est nécessaire de définir ses tâches et ses responsabilités   
·       Créer des unités d’appuis du type PMO. Il est indispensable d’aider les chefs de projets à mener à bien les développements informatiques en respectant les bonnes pratiques. On doit veiller à renforcer le suivi et la coordination des opérations. Il est aussi important d’améliorer la méthode de gestion de projet et de capitaliser sur les projets existants.
·       Assurer une formation adaptée des responsables. Aussi paradoxale que cela paraisse la plupart des maîtres d’ouvrage et même les informaticiens ont des connaissances limites en matière de gestion de projet. D’ailleurs très peu d’écoles ou d’université forment au métier de chef de projet. Il est important de sortir de cet amateurisme.
·       Systématiquement mettre en place un comité de pilotage. Trop souvent on constate que de nombreux projets n’ont pas de comité de pilotage et, quand il y en a un, il ne comprend pas les décideurs concernés. Il est dans ces conditions difficile d’assurer un suivi du projet efficace et de coordonner les opérations.
·       Créer et faire fonctionner un système d’information dédié aux projets. Il faut suivre non seulement les plannings, la charge consommée et les dépenses de chaque projet mais aussi la productivité et les bénéfices liés aux projets. Généralement on n’a qu’une partie des informations nécessaires. Ceci fait que le contrôle des projets est souvent imparfait.
·       Gérer efficacement les alertes. Dès qu’un dysfonctionnement du projet apparaît il faut que le chef de projet soit immédiatement prévenu, y compris sur les tâches sous-traitées à une société de services, et il doit rapidement faire remonter cette information sur les membres du comité de pilotage et les parties-prenantes. Un problème survenant, doit être régler dans la semaine suivante son apparition. Au-delà le projet prend des risques.
L’application de ces quelques mesures doit permettre une amélioration significative du fonctionnement des projets. Cela doit se traduire par une amélioration significative de la gouvernance des projets. Leur mise en œuvre devrait réduire le nombre des projets échouant et surtout le pourcentage de dérive des projets.

[1] - Cet organisme est le seul à assurer en France un master spécialisé dans la gestion de projet.

lundi 9 juillet 2012

La gouvernance des projets de système d’information

Trop souvent on confond la notion de projet informatique et celle de projet de système d’information. En réalité ce sont deux démarches très différentes. Un projet de système d’information comprend un projet informatique. C’est une approche plus large.
Le projet informatique comprend le développement et la mise en place d’une application. Il est pour cela nécessaire de la concevoir, de la réaliser, de la tester et de la mettre en œuvre. Mais la notion de projet de système d’information va plus loin car non seulement il est nécessaire de concevoir et de réaliser une application mais il est surtout nécessaire de modifier l’organisation en place, de faire évoluer les compétences et de former le personnel. C’est un projet plus large et plus complexe. Un projet de système d’information c’est un projet majeur de l’organisation accompagné d’un volet plus technique concernant l’évolution de son application informatique.
Les projets de système d’information concernent un domaine beaucoup plus large que ceux concernant le seul périmètre informatique. Ils sont donc assez différents les uns des autres. Les objets à produire sont très différents et les règles de gouvernance à mettre en œuvre sont, elles aussi très différentes.

Des enjeux considérables

Les investissements réalisés par les entreprises et les administrations dans les systèmes d’information sont considérables. Aux investissements informatiques à proprement parler s’ajoutent le temps des mangers et des utilisateurs mais surtout la charge de travail nécessaire pour assurer l’évolution de l’organisation en place. Depuis quelques années on assiste à l’augmentation régulière de cette partie qui tend à devenir presque aussi importante que celle des développements.
Malheureusement on ne dispose d’aucune statistique concernant le coût des projets de système d’information ([1]). Globalement on peut estimer qu’en France le montant global des investissements de l’ordre de 50 milliards d’euros par an ([2]). C’est une somme conséquente. Ce montant représente la moitié du total des dépenses informatiques qui doivent être de l’ordre de 100 milliards d’euros par an.
Les investissements informatiques représentent une part importante des investissements annuels faits par les entreprises et les administrations est en France qui est de l’ordre de 265 milliards d’euros par an ([3]). Les investissements informatiques représentent entre 15 % et 20 % du total des investissements. A cela s’ajoute la charge de travail assurée par les maîtrises d’ouvrages et les utilisateurs. On peut estimer ces dépenses à un montant compris entre 10 et 20 milliards d’euros par an ([4]).
Ce sont des investissements importants, mais bien gérés, ils ont d’une rentabilité élevée, voir très élevée. Généralement les investissements industriels ont des retours (les pay-backs) compris entre 4 et 8 ans. Or, les investissements informatiques ont des retours compris entre 2 et 4 ans. Ceci explique l’intérêt accordé par le management par ces opérations. Faut-il encore les maitriser convenablement ! Aujourd’hui l’ensemble de ces investissements ont un impact significatif sur la rentabilité et l’efficacité des entreprises. Plus le temps passe, plus cet effet est significatif. Ceci explique qu’ils sont aujourd’hui devenus un facteur clé de la croissance économique.

Un puissant levier de croissance

Ces faits expliquent l’importance accordée par les pouvoirs politiques à l’économie numérique. Son importance croissante est dû à la conjonction de deux mécanismes économiques fondamentaux :
-        Les gains de productivité. C’est l’impact classique des investissements informatiques. Elle consiste à dépenser moins de ressources pour effectuer les mêmes opérations comme la saisie d’un dossier client, l’émission d’une facture,… Il existe encore une réserve importante de gains de productivité qui seront dégagés dans les années à venir grâce au développement des systèmes d’information.
-        Les gains de l’efficacité. Ils sont liés à une augmentation du chiffre d’affaires de l’entreprise et à une augmentation significative des marges dégagées. C’est le domaine d’excellence du commerce électronique mais aussi d’applications développées à l’aide de serveurs Web. C’est le cœur des développements à venir.
Pour ces raisons il est important d’être sélectif dans le choix des projets de façon à concentrer ses efforts sur les opérations les plus intéressantes. Il ne s’agit pas pour autant d’éliminer tous les projets à rentabilité faible ou incertaine mais de privilégier les opérations les plus intéressantes.
Autre facteur clé : la capacité de l’entreprise à gérer les projets informatiques. Il y a des entreprises très performantes et d’autres ayant plus de mal dans ce domaine. CMMI a montré qu’il y a des écarts importants entre les entreprises situées au niveau 2 et celles se trouvant au niveau 5.
Mais au-delà de ces constatations il est nécessaire de prendre en compte la capacité de l’entreprise à gérer un projet de système d’information. La maturité du processus de gestion de projet se traduit par une capacité à mieux maîtriser les délais, les budgets et les performances attendues du futur système d’information. Pour les entreprises cette meilleure maîtrise des systèmes d’information est un enjeu vital car les systèmes d’information constituent une partie croissante des produits ou des services vendus. Les clients sont acheteurs de systèmes d’information de plus en plus sophistiqués. Par exemple, quand on envoie un colis où un pli important on trouve normal de pouvoir le suivre jusqu’au moment de sa livraison. De même, le fait de pouvoir consulter à tout instant des catalogues électroniques de produit avec photos et plan à jour semble aujourd’hui une opération naturelle.

Le rôle des bonnes pratiques en matière de systèmes d’information

La maturité des systèmes d’information est pour chaque entreprise un objectif stratégique. Elle permet de mesurer l’aptitude des entreprises à mettre en œuvre des systèmes d’information contribuant de manière significative à leur rentabilité et leur efficacité. Elle est, en grande partie, liée à la capacité de mettre en œuvre un certain nombre de bonnes pratiques. Elles concernent quatre domaines particuliers :
-        La conception des systèmes d’information. Un système mal conçu, quelque soit la qualité des autres opérations effectuées, ne donnera jamais des résultats satisfaisants. A l’inverse un système bien conçu sera facile à mettre en œuvre et se mettra en place sans peine. La qualité de la conception est un facteur clé de réussite des systèmes d’information. Pour être efficace elle doit reposer sur une architecture et une organisation clairement définies. Il est pour cela important de prendre en compte l’organisation préexistante. C’est la base de la conception du futur système. Une bonne conception doit permettre d’avoir une organisation évolutive. Celle-ci doit être capable d’évoluer et de s’adapter à des changements du contexte.
-        Le fonctionnement des systèmes d’information doit être régulier et performant. Les opérations doivent se dérouler sans problèmes avec régularité et sans interruption. Un ou plusieurs responsables doivent être chargés de les surveiller et d’intervenir en cas de nécessité. Ce peut être un responsable du métier, de processus ou un maître d’ouvrage. Des indicateurs de performances regroupés dans un tableau de bord régulièrement mis à jour. Le système informatique doit fournir, de manière régulière, les informations nécessaires pour exercer cette surveillance. permettent de piloter les opérations, Ces indicateurs doivent permettre d’améliorer la productivité et d’accroître l’efficacité du système d’information.  
-        L’adaptation des systèmes d’information. Ils doivent s’adapter aux évolutions du contexte de l’entreprise : apparition de nouvelles fonctions, changement de réglementation, renforcement des contrôles, évolution du contenu des tâches,… Les systèmes d’information ne sont pas des systèmes statiques, ils sont évolutifs. Pour éviter toute dérive importante ces changements doivent être gérés en mode projet. Ceci concerne la partie informatique des systèmes d’information mais aussi les changements d’organisation. Ces démarches comportent des mesures ponctuelles, des refontes partielles ou des refontes totales. Ce sont des opérations délicates à mener et elles demandent de mettre en place un pilotage rigoureux.
-        Le pilotage des évolutions des systèmes d’information. Ces changements doivent être pilotés par une personne ayant une vision d’ensemble du système d’information. Pour réussir il est très important d’avoir la confiance des différentes parties prenantes concernées. De plus il faut mettre en place un dispositif de pilotage adapté capable de réagir rapidement à des changements du contexte. Toutes ces évolutions doivent être suivies et toute dérive doit être rapidement détectée. Pour cela le pilote a la responsabilité d’établir des plannings et des budgets et de les suivre.
Il existe, comme on le voit, un certain nombre de bonnes pratiques concernant la gouvernance des systèmes d’information. Elles reposent sur le degré de maturité des systèmes d’information. L’expérience montre qu’il existe des situations où l’évolution des systèmes d’information est correctement maîtrisée et des cas où ces opérations sont plus délicates. C’est un enjeu important. Il est, pour ces raisons, important de s’assurer de l’application des bonnes pratiques.

Les trois dimensions du système d’information

Ces bonnes pratiques reposent sur trois grandes règles de management des projets adaptées au contexte des systèmes d’information :
-        La définition du périmètre du système d’information. C’est un enjeu majeur. Face à un besoin donné on peut envisager plusieurs solutions possibles : fixer un périmètre large ou au contraire envisager une solution minimale. Il est alors possible de choisir celle qui est le plus adaptée notamment en ce qui concerne le périmètre fonctionnel de l’application informatique mais aussi sur l’organisation à mettre en place.
-        Le coût du projet et les coûts de fonctionnement du système d’information. Il faut d’abord maîtriser le montant total des investissements nécessaires. Ce sont d’abord le coût du développement mais aussi l’achat des progiciels. Mais, c’est aussi le matériel nécessaire et surtout l’organisation qu’il est nécessaire de mettre en œuvre. Il est aussi nécessaire de suivre de près le coût de fonctionnement du système d’information. Ce montant comprend les frais de personnel, les coûts des locaux nécessaires, l’amortissement des investissements de matériels et de logiciels, les quotes-parts de direction,… Sur cette base il est possible de calculer les coûts unitaires par opération qui sont des indicateurs intéressants à suivre.   
-        L’efficacité du dispositif. C’est un point important. Il est nécessaire de mesurer la contribution du système d’information au fonctionnement de l’entreprise. Est-ce qu’il contribue de manière significative à l’amélioration de la productivité et de l’efficacité de l’entreprise ? Les investissements effectués dans les systèmes d’information doivent se traduire par des gains significatifs et mesurables comme des réductions de coûts, des augmentations de chiffre d’affaires ou des améliorations significatives de la marge nette. Si non ce sont des investissements sans contrepartie directe.
Une maîtrise insuffisante du périmètre fonctionnelle du projet de système d’information se traduit généralement par une dérive significative de son budget. De même, l’accumulation de gains insuffisants se traduit, tôt ou tard, par une pression croissante sur la rentabilité globale de l’entreprise.

Quelques points clés

Dans ces conditions il est nécessaire d’être très attentifs à un certain nombre de points clés qui sont autant de facteurs de succès comme :
-        Avoir une vision globale des systèmes d’information. Trop souvent on développe les applications informatiques au coup par coup sans les mettre en perspective. Cela se traduit par une forte hétérogénéité des systèmes d’information. Il est nécessaire de lutter contre cette dispersion en ayant une approche globale des systèmes d’information.
-        Lier les systèmes d’information à la stratégie de l’entreprise. Pour éviter les dérives il est nécessaire de positionner les différents systèmes d’information à la stratégie générale de l’entreprise. Trop souvent on note qu’ils s’éloignent de ces orientations et cette dispersion se traduit par une perte d’efficacité.
-        Placer les systèmes d’information au cœur de l’entreprise. Or, ce n’est pas ce qui est observé. Trop souvent l’informatique est encore conçue comme une activité en marge de l’entreprise. Les systèmes d’information sont alors considérés comme des fonctions de service. Il faut inverser cette approche et considérer qu’ils constituent le cœur de l’activité de l’entreprise ([5]).
-        Définir clairement la responsabilité de chaque système d’information. Il est important de préciser le rôle de chacun et notamment de définir qui fixe les principales orientations le concernant. Il doit définir les évolutions nécessaires, les planifier et ensuite s’assurer qu’elles sont mises en œuvre dans de bonnes conditions. Il est possible que cette responsabilité soit collective mais dans ce cas il est nécessaire de définir des règles de fonctionnement permettant d’éviter tout blocage.
-        Orienter les systèmes d’information vers les processus. Traditionnellement les systèmes d’information ont été conçus pour gérer les différentes fonctions de l’entreprise. Depuis quelques années les ERP ont permis de mettre en place des systèmes d’information orientés vers les processus. C’est une évolution majeure qui va se traduire par des changements de l’organisation des entreprises.
-        Piloter les projets de systèmes d’information. Comme il est nécessaire de piloter les projets informatiques on doit piloter les projets de système d’information. C’est un objectif complexe car on doit d’abord gérer le projet informatique puis ensuite prendre en charge le projet organisationnel et humain. Son pilotage est toujours délicat et nécessite des personnes expérimentées.
-        Assurer l’évolution régulière des systèmes d’information. Ils évoluent par étape car il est toujours délicat de les faire changer. L’expérience montre que les sauts trop importants peuvent mener à des situations délicates. Il est, pour cela, nécessaire de planifier ces opérations dans le temps en veillant à éviter d’avoir des étapes trop lourdes et trop longues.
Ces différents points clés montrent l’importance des bonnes pratiques en matière de gestion de projets des systèmes d’information. Or, la mise en œuvre efficace des systèmes d’information est un enjeu majeur pour les entreprises. Malheureusement, ils sont, trop souvent, laissés à l’initiative des bonnes volontés. Dans certains cas les résultats sont satisfaisants, mais dans de nombreux autres cas ils laissent à désirer. C’est une affaire de gouvernance.

Conclusion

Il est pour cela nécessaire de développer les règles de gouvernance des systèmes d’information. Il faut aller au-delà des concepts de gouvernance de l’informatique vers une approche plus élargie de la gouvernance adaptée aux systèmes d’information. Cette évolution est en cours. Il faut la renforcer et la systématiser.
Il est notamment fondamental d’arriver à aligner les projets de systèmes d’information sur la stratégie de l’entreprise. C’est un enjeu majeur. La rentabilité et même la pérennité des entreprises en dépendent.


[1] - Même le montant des investissements informatiques globaux est souvent ignoré. L’INSEE comme les cabinets de marketing tel que Gartner, IDC, PAC,… ont du mal à les chiffrer et proposent que des vues partielles tendant à sous-estimer ce montant.
[2] - Le montant annuel des investissements informatiques comprend :
-        Les achats de progiciels pour environ 10 milliards d’euros,
-        La réalisation de développements spécifiques pour environ 20 milliards d’euros dont la moitié est dépensé en interne et l’autre moitié est prise en charge par les sociétés de service,
-        Les achats de matériels pour environ 20 milliards d’euros dont la moitié correspond à la vente de logiciels systèmes, de base de données,… et le reste en hardware à proprement parler.
[3] - Le montant des investissements se composent de 193 milliards d’euros fait par les entreprises non-financières, 12 milliards d’euros pour les entreprises financières et 59 milliards d’euros pour les administrations publiques.
[4] - La charge de travail des maitrises d’ouvrages et des utilisateurs correspond au travail de conception des applications et de tests des programmes. A cela s’ajoute les coûts de formation, de réorganisation et de mise en place liés à la mise en œuvre des systèmes d’information.
[5] - A ce jour très peu d’entreprises ont réalisé cette révolution copernicienne. Elles ne font que commencer leur processus de « googelisation ». C’est une mutation majeure à venir. 

jeudi 12 avril 2012

Présentation de Christophe Legrenzi sur le thème : Gouvernance et bonnes pratiques des systèmes d'information

Christophe Legrenzi a présenté lors de la dernière réunion de l'ISG France, le 14 mars 2012, l’état de ses réflexions en matière de gouvernance des systèmes d'information et le rôle des bonnes pratiques (pour télécharger la présentation de Christophe Legrenzi). Pour cela il commence par retrace l'histoire du concept de gouvernance. Il vient de loin. Sur cette base il s'attache à évaluer les conditions de mise en place du concept de gouvernance à l'informatique et aux systèmes d'information.
Historique de la gouvernance des systèmes d'information

L’idée de gouvernance est très ancienne. Elle remonte aux philosophes pré-socratiques et en particulier à Hérodote, inventeur de la notion d’histoire. Le terme de gouvernance vient de « gubernare » c’est-à-dire l’art du gouvernement. Cette notion a été reprise par Platon dans la République. Le point de départ est simple : que faut-il pour que la cité soit bien gouvernée ? Il faut mettre en place des dispositifs adaptés :
-      Casser la transmission du pouvoir par le sang.
-      La transmission du pouvoir est assurée par le peuple.
-      Le pouvoir est accordé pour une période limitée.
-      Les assemblées, le sénat, le conseil constitutionnel sont les gardiens des lois.
-      Le peuple a le droit de se révolter.
C’est la base des états démocratiques.
La Révolution Française est en partie due aux philosophes comme Diderot, Rousseau, Voltaire,… Or ils se sont fortement inspirés de la République de Platon.
Il y a une notion sous-jacente : le pouvoir rend fou. Il faut pour cela mettre en place des contre-pouvoirs.
L’origine de la gouvernance d’entreprise

Le thème de la gouvernance d’entreprise est lié à la crise de 1929. Adolf Berle et Gardiner Means se sont interrogés sur la gouvernance dans : « The Modern Corporation and Private Property » (1932). De même il faut citer les travaux de Ronald Coase sur la nature de la firme (1931). C’est la base de la gouvernance d’entreprise. Ces travaux sont à l’origine de la création de la SEC,  Securities and Exchange Commission, en 1934.
Ensuite la gouvernance d’entreprise a été oubliée pendant plus de 60 ans. Il est réapparu avec les faillites d’Ebron, WorldCom, Parmalat,... Certains patrons type Kenneth Lay sont des fous furieux et il faut se protéger contre leurs comportements dangereux. Avec la loi SOX (Sarbannes Oxley) l’Etat Américain a voulu frapper fort. Cela s’est traduit par Bâle II, Slovency, la LSF,… Mais déjà au préalable les rapports Vienot et Bouton insistaient sur la gouvernance de l’entreprise.
Un des points clés de SOX est la traçabilité des informations : de la source à sa restitution des données. Cependant la gouvernance informatique est différente de la gouvernance de l’entreprise. 
Gouvernance versus best-practices

La gouvernance est un facteur exogène. Il faut s’assurer qu’on fait bien ce qu’on doit faire. C’est la notion d’efficience. Ce n’est pas de la gestion.
Les bonnes pratiques sont une notion endogène. Itil, CMMI, ISO 27002 sont des recueils de bonnes pratiques établies par des experts.
La gouvernance est une logique d’efficacité. 
La définition de la gouvernance informatique de l’ITGI/ISACA

La définition de la gouvernance informatique repose sur cinq piliers qui sont chacun basés sur des modèles sous-jacents :
-      La stratégie. C’est une vision un peu basique.
-      La création de valeur. C’est plus intéressant. Il faut arriver à une réduction des coûts d’unité d’œuvre de 3 à 5 % par an. Ceci concerne les infrastructures, les applications informatiques mais aussi la réduction des délais de mise en place.
-      La gestion des risques.
-      La mesure de la performance et notamment le BSC.
-      La gestion de l’informatique. 

La norme ISO 38500
Ce document propose 6 principes. Parmi ceux-ci 3 critères viennent de l’ITGI. La notion de risque est diluée. La vraie innovation est la notion de responsabilité. La gouvernance c’est la responsabilité des Directions Générales et des Conseils d’Administration.
La gouvernance informatique repose sur 10 piliers :
      • l’alignement stratégique (« IT Strategic Alignment »)
      • la création de Valeur (« IT Value Delivery »)
      • la gestion du risque informatique (« IT Risk Management »)
      • la mesure de performance (« IT Performance Measurement »)
      • l’acquisition des solutions (« IT Acquisition »)
      • la gestion des ressources (« IT Resource Management » )
      • les responsabilités (« IT Responsibility »)
      • la conformité (« IT Compliance »)
      • la déontologie (« IT Human Behaviour »)
      • l’environnement de contrôle (« IT Control »)
Il faut ensuite passer de la gouvernance informatique à la gouvernance du système d’information.

La gouvernance informatique et la gouvernance des systèmes d’information

Cette notion s’est développée grâce à de récents travaux de recherche. Pour la première fois on a réussi à établir une corrélation entre la gouvernance des systèmes d’information et la performance des entreprises :
-      Les entreprises ayant un fort niveau de gouvernance de leurs SI génère 2 ou 3 fois plus de bénéfices. Il ne faut pas informatiser une fonction ou un processus si on n’a pas l’intention de faire évoluer l’organisation.
-      Le positionnement de la DSI a aussi une influence directe. Plus le comité de direction est hétérogène meilleure est la performance de l’entreprise. La présence du directeur informatique au comité de direction est un facteur d’hétérogénéité et a une influence positive sur les performances de l’entreprise.

mardi 3 avril 2012

La gestion des prestataires informatique

Le monde des prestataires de services informatique s’est complexifié et l’appel à ces prestataires s’est généralisé. De plus, la collaboration entre une entreprise cliente et ses prestataires de service est essentielle pour la bonne gouvernance du Système d’Information. Ce message a pour objectif de proposer une approche éclairante, du moins je l’espère, sur ce sujet pour les entreprises clientes faisant appel à des prestataires informatiques.
De quoi parle-t’on ?
La définition du secteur économique des prestataires informatiques est rendue délicate par la multiplicité des nomenclatures officielles : CEREQ, OCDE, SYNTEC ce qui donne des chiffres très fantaisistes sur le nombre d’informaticiens en France.
Nous nous contentons ici de distinguer la prestation de service, en complément plus qu’en opposition avec la prestation de produit.
Faire appel à un prestataire externe consiste à externaliser, peu ou prou, une partie de la prestation informatique. Au sens le plus large, elle se définit comme un couple (produit, service) dont les parts relatives se situent sur un continuum qui va du produit stricto sensu (machine, logiciel) au service pur (conseil).
En partant de cette base, voici le modèle (au sens management du terme) qui est proposé.

Un modèle à trois niveaux
Le modèle de compréhension de la gestion des prestataires que je propose se décline en trois niveaux :
  La prestation, en tant que couple (produit, service) à réaliser.
-   Le prestataire en tant qu’entreprise réalisatrice.
-   Le personnel qui représente la ou les personnes physiques réalisant la prestation.
A titre d’illustration, dans le cadre d’un développement d’application « offshore », la prestation est l’activité de développement à réaliser, le prestataire est la société de service réalisatrice (indienne par exemple) et le personnel est constitué de l’équipe des développeurs et de l’encadrement chez le prestataire.
La prestation
La prestation spécifique est souvent associée à une valeur ajoutée forte, dans un environnement instable et avec un apport de compétences rares. A l’opposé, la prestation standard est vue avec une valeur ajoutée faible, dans un environnement plus stable et avec un apport de compétences plus facile à trouver. Un exemple type de prestation standard est la mise en œuvre d’une TMA, Tierce Maintenance Applicative. Un exemple de prestation spécifique est l’étude de faisabilité pour la mise en place d’un progiciel.
Le prestataire
Le prestataire réalise la prestation par l’entremise de son personnel et à destination de l’entreprise cliente. La durée, en tant qu’ancienneté de la relation avec le prestataire, apparaît souvent comme un gage de réussite.
Est-ce que le Système d'Information  est un domaine d’activité comme un autre, pour lequel les demandes de sourcing relèvent d’une politique générale, ou a-t-il un positionnement spécifique qui nécessite une politique d’achat ad hoc ?
Le personnel
Sur le plan de la compétence technique, son appréciation se mesure à l’aune de ce dont on dispose - ou non - en interne. Cela peut être subi (« je ne dispose pas, hélas, de cette compétence ») ou maîtrisé (« je ne veux pas de cette compétence en interne, je ne pourrai pas la réutiliser »). Sur le plan de la compétence métier, où l’entreprise cliente est sur son terrain, l’appréciation est plus objective. La durée de la relation est une caractéristique forte de la relation sur ce niveau : le personnel peut être très intégré à l’entreprise voire plus ancien que beaucoup de salariés.

Les 4 temps de la gestion des prestataires
  • La sélection des prestataires, ou qualification, est effectuée par la direction générale ou celle des métiers avec une intervention de plus en plus importante de la fonction Achats. La sélection d'un prestatire peut être faite en vue d'un type de prestation défini ou plus généralement par rapport à un niveau de compétence recherché.
  • La contractualisation de la prestation est l’étape fondatrice de l’établissement de la relation. Les deux types d’engagement, sur le résultat ou sur les moyens, se retrouvent dans le domaine des prestations de services informatiques. L’écriture et la complétude des contrats sont ici déterminantes, d’où l’influence accrue des services juridiques de part et d’autres.
  • L’exécution est un moment clé dans la gestion de la relation et met en évidence la différenciation sur les trois niveaux. « Suivre l’exécution » n’aura ni les mêmes objectifs, ni les mêmes modalités, ni les mêmes acteurs selon le niveau concerné.
  • La capitalisation de la relation concerne la clôture et/ou l’évaluation. C’est l’étape nécessaire à l’amélioration continue de la maîtrise des trois niveaux présentés. C’est hélas la moins réalisée : tout le monde croit en son aspect bénéfique mais peu la pratiquent !

En croisant les 3 niveaux du modèle avec les 4 temps : on avance
Je cite ici quelques exemples de réflexions suscitées par ce modèle.
La sélection puis le choix du prestataire, ne peut faire l’économie d’une analyse fine qui portera sur la prestation, puis le prestataire et enfin le personnel détaché par ce dernier.
Le rôle de plus important des achats doit être envisagé sur les 3 niveaux (et non que sur la négociation d’un prix par prestation) et sur la durée de la relation. On connaît bien le comportement de certains prestataires qui baissent la tête devant les achats pour la relever vivement au moindre évènement non prévu pendant le déroulement de la prestation.
Le pilotage de la relation par le client peut se faire, globalement, en appuyant sur le contrôle et / ou en agissant sur la confiance qu’elle soit calculée ou affective. Là aussi, selon le temps de la relation et selon les niveaux concernés, on pourra agir différemment.
En conclusion, pour une entreprise cliente, une « bonne gouvernance » du Système d'Information demande un ministère des affaires étrangères qui gère dans la durée et à tous les niveaux la relation avec les prestataires de services informatiques.
Bernard Quinio
 
 

mercredi 8 février 2012

Il est nécessaire de définir les systèmes d’information

Pour définir les modalités de la gouvernance des systèmes d’information il est nécessaire de préciser ce qu’est un système d’information. Cela fait plusieurs messages qu’Yves Caseau et moi-même tournons autour d’une définition en hésitant sur une formulation définitive. C’est un choix délicat et difficile.
On a constaté la fragilité des définitions usuelles des systèmes d’information comme celle d’affirmer que c’est « un ensemble de ressources qui permet de traiter de l'information ». Ce n’est pas une définition mais un truisme qui n’apporte pas grand-chose car il est évident que pour traiter de l’information des ressources sont nécessaires. D’ailleurs pour effectuer toute activité, quelle qu’elle soit, il est nécessaire de lui affecter des ressources suffisantes.
Pour arriver à une définition opérationnelle des systèmes d’information il faut prendre en compte l’ensemble des opérations qui leur sont liées. Pour cela je propose la formulation suivante :
  • Un système d’information est un dispositif organisationnel et technique permettant de gérer des données et d’effectuer des opérations. Il repose généralement, en tout ou partie, sur un processus, une triple architecture (fonctionnelle, données et technique), des compétences et des qualifications.
Chaque terme appelle quelques explications complémentaires :
  • Un dispositif organisationnel. Un système d’information est d’abord une organisation chargée de prendre en charge des opérations comme, par exemple, de vendre des produits ou des services, d’acheter, de produire, de fournir des prestations,… Des personnes clairement définies sont chargées d’effectuer les tâches nécessaires. Elles sont encadrées par une hiérarchie qui est chargée de définir des méthodes de travail et donc une organisation adaptée.
  • Un dispositif technique. De nos jours la plupart des systèmes d’information reposent sur des systèmes informatiques qui prennent en charge la plupart des traitements qui doivent être effectués. Il est pour cela nécessaire de mettre en œuvre des serveurs, des systèmes de stockage, des postes de travail, des réseaux,… Pour faire fonctionner il est nécessaire de disposer des logiciels comme des systèmes d’exploitation, des bases de données et surtout des logiciels chargés d’effectuer les traitements.
  • Gérer des données. La première étape du processus est de saisir, valider puis stocker les données qui doivent être prises en compte. Pour y arriver le personnel chargé de ces opérations doit disposer des matériels et des logiciels nécessaires. C’est un point clé. Dans ce but on doit mettre en œuvre des outils adaptés et efficaces permettant de travailler dans de bonnes conditions. Il est pour cela nécessaire que les saisies se fassent rapidement. Elles sont généralement assurées par les utilisateurs mais elles peuvent aussi être effectuées par des sources extérieures. Il est ensuite important de contrôler puis de stocker ces données.
  • Effectuer les opérations nécessaires. Une fois les données saisies il est possible d’effectuer les traitements prévus. Ceux-ci pouvaient être simples comme la consultation de données et leur mise à jour mais ils peuvent être plus complexes et se traduire par des éditions où l’émission de messages. Ils peuvent s’exécuter en temps réel ou de manière désynchronisée. Ce peut être l’émission de bons de commande, l’édition de factures, le calcul de bulletins de paie,… Il arrive souvent que des interventions manuelles ont lieu au cours des traitements ce qui risque d’allonger les délais de traitement.
  • Un processus. L’enchaînement des opérations se traduit par un processus plus ou moins complexes. C’est un enchaînent des différentes tâches comme des saisies, des contrôles, des traitements,…. Le système d’information est sous-jacent à l’ensemble du processus. Certaines applications ne couvrent qu’une partie du processus comme la paie ou la comptabilité alors que d’autres couvrent son intégralité comme les ERP.
  • Une architecture fonctionnelle. Un système informatique, quel qu’il soit, repose sur une conception fonctionnelle. Elle peut être excellente ou médiocre mais, dans tous les cas, elle existe. Elle repose sur l’identification des principales fonctions et leur regroupement dans de grands blocs de fonctionnels puis la définition des relations qu’ils ont entre eux. Ils précisent aussi les rapports entre le système concerné et les autres applications existantes.
  • Une architecture des données. Il est de même nécessaire de définir l’organisation des données et les moyens d’accéder de manière efficace aux informations. Les bases de données existantes sont structurantes. L’expérience montre que certaines bases de données ont des durées de vie supérieure à celles des applications. C’est, par exemple, le cas de la base de données des clients, des produits,… Ces bases structurent l’architecture fonctionnelle.
  • Une architecture technique. Pour permettre le fonctionnement des applications dans de bonnes conditions il est nécessaire que les traitements reposent sur une architecture technique pérenne, performante et adaptée. Elle se compose d’un serveur ayant un ou plusieurs processeurs, un système disque, propre au serveur ou partagé, des postes de travail, un réseau, des protocoles d’échange de données, des logiciels de gestion de base de données,… C’est un ensemble complexe, plus ou moins homogène. La qualité de l’architecture technique a une influence directe sur les performances de l’application.
  • Des compétences et des qualifications. Pour concevoir et mettre en œuvre ces différents systèmes il est nécessaire de développer le savoir et le savoir-faire des personnes chargées de faire fonctionner le système d’information. C’est un facteur clé de leur efficacité. Cela se traduit par des programmes de formation, de promotion et de recrutement ambitieux.

L’ensemble de ces éléments constituent les systèmes d’information. C’est une combinaison de personnes, de matériels et de logiciels qui interagissent. Elles reposent sur des architectures fonctionnelles, techniques et des données qui reflètent une conception d’ensemble du système d’information.

Cette définition des systèmes d’information est provisoire et mérite d’être discutée. J’attends vos commentaires et vos observations.