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samedi 30 septembre 2023

Réussir la transformation numérique

Donner à l’ensemble des collaborateurs de l'entreprise une culture du numérique

                                                                                    Par Bernard Laur

 Malgré les affirmations souvent répétées, la transformation numérique des entreprises ne se fait pas dans la joie et l’allégresse. Un certain nombre de firmes rencontrent des déconvenues, des difficultés de mise en œuvre et même parfois des échecs.

 

Lorsque l’on cherche à comprendre ce qui s’est passé, on constate que différents facteurs expliquent ces « plantages » :

-        Un majorité des salariés se trouvant dans les différents métiers de l’entreprise n’ont pas la moindre idée sur ce que pourrait leur apporter le numérique. Ils utilisent quotidiennement l’informatique et en concluent que toutes ces technologies apportent plus de contraintes que de valeur. En vérité ils ont une culture technologique limitée.

-        Les équipes de recherche-développement chargées de concevoir les nouveaux produits et services marginalisent totalement la composante numérique de leurs projets. Très souvent ils ignorent les évolutions technologiques mais surtout ils sont sceptiques sur leurs impacts. Ce qui fait que les nouveaux produits ou les services sont dépassés dès leur sortie ou rapidement obsolètes.

-        De nombreux collaborateurs utilisent mal les outils informatiques disponibles. Ils ont une connaissance superficielle des fonctions proposées. Ceci fait qu’ils sous-utilisent ces outils. Pire, ils cherchent parfois à les contourner, gardent des procédures manuelles ou alourdissent inutilement leurs procédures.

-        Les travailleurs de première ligne ont été oubliés. L’essentiel des systèmes d’information concernent la gestion, le commercial, les ressources humaines mais ignorent les ateliers, la logistique, les itinérants, … Les ouvriers et les opérateurs (Front Line Workers)  ne disposent pas d’applications adaptées à leur activité. Pourtant ils ont des besoins de gestion, de suivi, d’assistance aux opérations, de contrôle, …

-        Face à l’évolution foisonnante et « brownienne » du secteur du numérique, les informaticiens n’arrivent pas à se tenir au courant des évolutions et innovations tant en ce qui concerne les technologies, les matériels que les logiciels. Ils ne connaissent que quelques/leurs systèmes et les environnements permettant de les mettre en œuvre, ce qui fait qu’ils ont du mal à sortir de ce qu’ils ont l’habitude d’utiliser. Ceci concerne l’informatique mais de manière plus générale les technologies et applications numériques.

-        L’encadrement, les membres des Codir et des Comex, les patrons de métiers sont totalement dépassés par les innovations informatiques et de manière plus générales par tous ces changements.

Dans ces conditions, il ne faut pas s’étonner des retards constatés en matière d’évolution, de prise en compte des innovations et des difficultés rencontrées dans les opérations de transformation numérique.

 La cause de ces blocages est due en grande partie au faible niveau de connaissance des technologies numériques et de leur évolution par le personnel de l’entreprise et particulièrement par les dirigeants, constaté dans de nombreuses entreprises notamment dans les activités de service et particulièrement dans l’industrie. Pour changer ces comportements il est nécessaire de faire évoluer la culture technique de l’entreprise. C’est un changement en profondeur. Il est pour cela conseillé de mettre en place une politique d’une certaine ampleur. C’est une stratégie concertée, continue, avec une vision à moyen terme de l’ordre de cinq ans au minimum. Il est pour cela nécessaire de :

  • -        S’assurer que les décideurs et les principaux responsables ont les bases techniques nécessaires pour comprendre les évolutions en cours et prendre les décisions liées.
  • -        Aider le personnel de l’entreprise à mieux utiliser les applications existantes et surtout connaître les possibilités qu’elles offrent.
  • -        Informer l’ensemble des salariés de l’entreprise des évolutions et innovations technologiques concernant leurs différents métiers.
  • -        Faire prendre conscience des possibilités exposées par les concurrents et des avancées des entreprises « best in class » au niveau mondial.

 Pour cela il est nécessaire de mettre en place une démarche de formation et d’organisation concernant l’ensemble de l’entreprise :

  • -        Elle commence par le coaching informatique de tous les dirigeants (ou  du moins ceux qui acceptent, mais les exceptions sont rares…). Ce sont le directeur général et tous les membres du comité de direction, et par extension les managers « métiers ».Il est nécessaire de voir chacun en tête à tête pendant le temps nécessaire pour lever tous les doutes et compléter leur niveau de connaissances du sujet. Généralement 8 séances de 2 heures chacune sont nécessaires. Au cours de ces entretiens, le coach assure une présentation « pédagogique » de ce que sont les technologies, les composants, les architectures du SI,… et fait une large part aux échanges informels. Tous les sujets sont abordés avec les « coachés » et il est nécessaire de répondre à toutes les questions qu’ils se posent … en toute confidentialité.
  • -        Mettre en place un dispositif de veille technologique de façon à suivre l’évolution du domaine numérique en général et à permettre de repérer les innovations concernant les différents métiers de l’entreprise. Cette veille se concrétise par des notes de synthèse mensuelles adaptées aux informaticiens d’une part et à chaque métier d’autre part. Ces informations sont diffusées par abonnement email, sur l’Intranet et accessibles à tous les collaborateurs et en particulier aux informaticiens. Une attention toute particulière doit être portée à la lisibilité des documents. L’objectif est de lutter contre l’illisibilité des documents produits qui est un mal commun aux métiers du numérique : c’est la démarche FLAC, c’est-dire « Facile A Lire et à Comprendre », qui impose des règles de rédaction, d’explicitation et de présentation (graphique) de l’information applicables à tous documents émis et diffusés par la DSI. Les notes mensuelles sont complétées par un document de synthèse trimestriel et/ou une visioconférence de courte durée (30 minutes) ouverte à tous à une heure de large disponibilité individuelle (13 heures 30 ?)  pour mettre le focus sur les points clés tout en les vulgarisant.
  • -        Organiser des opérations d’information et d’assistance à la demande dans les unités opérationnelles métiers, les services « tertiaires », les représentations régionales, ... Ces réunions doivent avoir lieu périodiquement de façon à répondre aux questions des salariés et (le cas échéant) de les alerter sur les innovations technologiques importantes les concernant.
  • -        Améliorer la maîtrise de « leur » informatique par les collaborateurs. Pour cela il faut créer des « workshops d’usage » courts (une heure) permettant d’améliorer l’utilisation des applications existantes en mettant l’accent sur une fonctionnalité, un process majoritairement méconnu des utilisateurs (les règles dans Outlook par exemple) que trop souvent les utilisateurs méconnaissent ou sous-emploient par ignorance, sans compter les cas de mauvais usages . Ces workshops ne remplacent en aucun cas la formation initiale qui reste incontournable : la formation initiale présente « ce que vous pouvez faire » avec un outil, et ensuite les workshops décrivent « ce que vous devez faire » pour être efficace.
  • -        Vérifier que la formation initiale sur les applications et le SI est toujours réalisée systématiquement et dans de bonnes conditions, en particulier pour les nouveaux embauchés. Passent-ils « sous le radar » ? Il faut absolument éviter la formation sur le tas et le bouche à oreille, à l’origine de la plupart des mésaventures ultérieures.
  • -        Compléter ces actions de formation par des « analyses d’usage »  réalisées par des professionnels expérimentés chargés de « regarder par-dessus l’épaule des utilisateurs » afin de détecter les mauvaises ou non productives utilisations des outils numériques, lesquelles sont souvent le résultat de défauts d’ergonomie et de conception des logiciels. Ces opérations permettent d’initier  les besoins d’adaptation des applications et des processus en se basant sur les difficultés rencontrées par les utilisateurs. Les investissements nécessaires, souvent  de maintenance logicielle, ont des ROI inférieurs à un an.
  • -        L’expérience montre que la marge d’amélioration de l’efficacité d’utilisation par les trois mesures ci-dessus (Formation initiale + workshops + amélioration de l’UX) est de l’ordre de 20 % à 40 % !
  • -        Enfin, - dernier point très important - il faut s’assurer que le dispositif d’assistance, de conseil et de service, le « call center », est bien disponible si nécessaire 24 h sur 24 et 7 jours sur 7, notamment dans le cas de multinationales et que les membres de ce service ont bien assimilé l’ensemble des actions, informations, formations décrites précédemment. Une personne ayant des difficultés ne doit en aucun cas rester seule avec son problème ou sa préoccupation. C’est un point fondamental et souvent délicat à mettre en pratique surtout lorsque ce service est sous-traité.

 Cette démarche est un processus progressif et qui ne fait apparaître ses gains qu’après un ou deux ans. Il doit s’intégrer dans un business model et mettre en œuvre une gouvernance adaptée. Bien entendu cette démarche à un coût, mais c’est le prix à payer pour rester dans la course à l’innovation numérique. C’est la loi des cinq : « 5 ans, 5 personnes pour 5.000 collaborateurs et un budget annuel de sous-traitance de 500.000 euros ». Sans cela les transformations numériques nécessaires seront d’une trop faible ampleur et elles interviendront trop tard.

 

C’est un résumé de la conférence de Bernard Laur faite au Club de la Gouvernance des Systèmes d’Information le Mercredi 31 Mai 2023 sur le thème : « Donner à l’ensemble des collaborateurs de l'entreprise une culture de base du numérique - La « e-culture » des collaborateurs, clef de la « e-transformation » de l’entreprise ». Elle a permis de faire le point sur ce sujet et de répondre aux questions clés :

-        Comment rendre efficace et efficiente la transformation numérique des entreprises ?

-        De quelle manière permettre aux entreprises de saisir les opportunités liées aux évolutions et innovations technologiques ?

-        Comment changer l’attitude des salariés de l’entreprise face aux changements technologiques ?

-        Quels dispositifs adopter pour faire évoluer leur culture ?

-        ….

Lire ci-dessous le support de présentation de l’exposé de Bernard Laur :

                                                                                                                                 Slide

1 – Le constat                                                                                                2

2 – La solution                                                                                                4

3 – Quelle est la situation ?                                                                             6

4 – Coaching SI                                                                                              8

5 – Veille IT                                                                                                  10

6 – Workshops « Usage »                                                                             11

7 – Contrôle Design et performance                                                             13

8 – En résumé