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samedi 7 mars 2020

A propos de quelques idées fausses concernant la gouvernance des systèmes d’information



 Par Claude Salzman
Président du club européen de la
 Gouvernance des Systèmes d’Information

Conférence faite à Lisbonne le 12 novembre 2019 lors de la 11ème Conférence Internationale de la gouvernance des systèmes d'information

Le Club Européen de la Gouvernance des Systèmes d’information a été créé en Octobre 2008. Cela fait 11 ans. Il est temps de faire un premier bilan. Il est possible de dégager quelques points clés :
      Un grand nombre de personnes confondent la gouvernance de l’informatique et la gouvernance des systèmes d’information. Autant la première est relativement mature autant la seconde est encore embryonnaire. Il est certain qu’en Europe du Sud comme en Europe du Nord il existe encore une marge de progrès importante en matière de gouvernance des systèmes d'information.
      La création du Club a permis un effort de clarification important du sujet mais la diffusion de ces concepts est lente. Les acteurs du changement sont les principaux décideurs de l’entreprise et sont encore réticents à ces nouvelles responsabilités.
      Notre Club s’est surtout développé dans l’Europe du Sud : Portugal, Espagne, France mais il a beaucoup plus de mal à se développer en Europe du Nord. Cette situation pose question. Est-ce que les pays du Nord de l’Europe ont réellement une meilleure gouvernance des systèmes d’information que les pays du Sud ? Si c’était le cas on se serait déjà aperçu. Il est probable que certains pays ont encore du mal à dégager une démarche de gouvernance des systèmes d'information efficace.
Il est pour ces raisons important de diffuser largement les principes de la gouvernance des systèmes d'information et de lutter contre les conceptions erronées existantes en ce domaine. Heureusement il existe dans ce domaine des bonnes pratiques et il est important de les mettre en œuvre.


Quelques conceptions erronées concernant la gouvernance des systèmes d’information

Cela fait 70 ans qu’on fait de l’informatique et cela fait environ 50 ans que les professionnels concernés ont pris conscience de l’importance des systèmes d’information. Or l’observation des pratiques montre qu’il existe un certain nombre de freins au développement de la gouvernance des systèmes d'information. Nous en avons recensé sept : 

1.     C’est un vieux concept et il est aujourd’hui dépassé.
2.     On a toujours fait de la gouvernance des systèmes d'information.
3.     La gouvernance des systèmes d'information c’est l’affaire des DSI (Directeur des Systèmes d'Information).
4.     La gouvernance IS et la gouvernance IT c’est la même chose, plus généralement IT et IS sont la même chose.
5.     La gouvernance des systèmes d'information complique tout.
6.     La gouvernance des systèmes d'information coûte cher.
7.     C’est une idée d’auditeurs et de consultants.

Ces différentes affirmations sont souvent répétées par des professionnels pour justifier leur passivité dans ce domaine. Elles sont crues assez souvent par de nombreux décideurs : DG, Directeurs Métier, DAF, … Ceci est dû au fait qu’ils sont souvent perplexes face à des choix délicats car ils ont du mal à voir claire dans ce domaine. Malheureusement pour eux ils sont de plus en plus rattrapés par la technologie qui s’insinue au cœur des métiers.

Analysons ces différentes affirmations.


C’est vieux et dépassé

De nombreuses personnes rejettent le principe de la gouvernance des systèmes d'information car elles considèrent que le concept de système d’information est ancien et n’a plus d’intérêt.

C’est vrai le concept n’est pas nouveau. Ngam Viewer ([1]) nous permet de constater que ce concept s’est développé à partir de 1957 et a pris son envol à partir de 1967 et depuis il n’a cessé de croître. Fait surprenant, la notion de système informatique s’est développée plus tard, il est moins utilisé que le concept de système d’information et surtout son emploi s’est stabilisé à partir de 1982. 














Il est intéressant de constater qu’en langue anglaise la notion d’Information System (IS) s’est développé avant celle d’Information Technology (IT) et qu’elle a été plus utilisée mais qu’à partir de 1990 le concept d’IT l’a emporté sur celui d’IS. Malgré cela le concept d’Information System résiste bien. On notera la tendance à la baisse de l’emploi du terme Information Technology (IT) à partir de 2005.




Comme on le voit le terme système d’information résiste bien et reste d’actualité. Par contre il est souvent critiqué : « C’est un concept trop complexe », « Il n’a rien apporté », « Il est très loin de nos vraies préoccupations », … Ceci peut être dit de tous les concepts importants comme la gravité, la relativité, la génétique, l’algèbre, la théorie de l’évolution, … Tous ces concepts ont mis du temps à être accepter.

Affirmer que le concept de système d'information est « aujourd’hui une notion est complétement dépassée » ne tient pas compte de la réalité des pratiques observées. Toutes les grandes applications comme Google, Amazon, Facebook, Uber, AirBnb, … sont de gigantesques systèmes d’information. On les appelle des plateformes mais ce terme est assez confus. En fait ce sont des systèmes d’information. Les anglais ont l’habitude de dire : « la preuve du pudding c’est qu’on le mange ». Et bien la preuve de la validité du concept de système d’information c’est justement sa généralisation à tous les domaines.


On en a toujours eu des systèmes d’information

A l’inverse de nombreuses personnes pensent que le concept de système d'information est complétement banalisé et appliqué et que leur gouvernance n’est pas un problème car elle va de soi. Ils affirment que « Dans notre entreprise on a toujours fait de la gouvernance des systèmes d’information, la preuve notre responsable informatique a le titre de DSI ». C’est vrai, mais dirige-t-il réellement les systèmes d’information de l’entreprise ? En fait il dirige les activités informatiques et c’est déjà un travail important. Mais il a peu d’effet sur les systèmes d'information.

Très souvent, lorsqu’on évoque la gouvernance des systèmes d’information, les informaticiens font valoir qu’ils utilisent « des méthodologies et des règles et qu’ils les appliquent » notamment la gestion de projet, les procédures de maintenance et de mise en production. Le souci de mettre en œuvre un management efficace de l’informatique est une condition nécessaire à une gouvernance des systèmes d’information mais ce n’est pas une condition suffisante.

En fait, ce raisonnement confond système informatique et système d’information. Or, ce n’est pas la même chose. Le système d’information comprend le système informatique mais ce n’en est qu’une faible partie. Les trois-quarts, voir les neuf-dixième du système information, est en dehors de l’informatique et se trouvent dans les différentes unités de l’entreprise.

Cette confusion est fréquente et peut se traduire par des dérapages conséquents car on ne pilote pas et on ne contrôle pas un système d'information comme on contrôle un service informatique.


C’est l’affaire des DSI

Dans de nombreuses entreprises lorsqu’on évoque la gouvernance des systèmes d'information les dirigeants ont souvent tendance à se retourner vers le DSI : « la gouvernance des systèmes d’information est une affaire d’informaticiens ». Mais ceux-ci ont beaucoup de mal car, s’ils ont autorité sur l’informatique ils n’ont pas de moyen d’action sur le fonctionnement des différentes autres unités de l’entreprise. Ils ont encore moins de moyens d’influencer la stratégie de l’entreprise.

Ceci est dû à la tendance fréquente de sur-déléguer des problèmes liés à l’informatique à la DSI. Jadis cette attitude se comprenait car peu de gens avait des idées claires sur la technologie informatique et sur la manière de la mise en œuvre mais depuis ces temps reculés deux générations se sont passées. Les dirigeants actuels ont reçu lors de leurs études une formation à l’informatique et sont capables de comprendre les enjeux et les risques des projets de systèmes d’information. Malgré cela ils ont toujours tendance à se défausser sur les informaticiens.

Mais ce n’est pas la bonne porte car si le DSI avait le pouvoir d’agir sur tous les parties de l’entreprise il ne serait pas DSI mais Directeur Général. Comme ce n’est pas le cas ceci se traduit par une médiocre gouvernance. Aujourd’hui les responsables des unités doivent être capables de prendre en charge les systèmes d'information qui sont sous leur responsabilité.


Gouvernance IS et Gouvernance IT c’est la même chose

Trop souvent on confond système informatique et système d’information. Or ces deux concepts sont très différents. Le système informatique comprend le matériel, le système d’exploitation, les bases de données, les équipements de télécommunication, les personnels chargés de faire fonctionner ces systèmes, leur maintenance et les logiciels et progiciels faisant fonctionner les applications. Le concept de système d’information est plus large. Il comprend le système informatique auquel s’ajoute l’ensemble des salariés de l’entreprise personnes qui les utilisent. En effet on est dans un rapport de 1 à 15, voir 1 à 20. Si on s’intéresse aux dépenses on est dans un rapport de 1 à 7, voir de 1 à 10. L’informatique n’est que la partie émergée du système d’information.

Comme on le voit ce sont des notions très différentes et c’est le cœur de la confusion. Dans ces conditions la gouvernance des systèmes d'information et la gouvernance de l’informatique ne peuvent pas être confondues. Il est vrai que la gouvernance des systèmes d'information nécessite qu’il y ai au préalable une gouvernance de l’informatique satisfaisante mais à ce premier ensemble de bonnes pratiques s’ajoute un certain nombre de bonnes pratiques voisines des règles de gouvernance d’entreprise.

La gouvernance informatique, c’est le domaine de COBIT. Ce document établi par l'ISACA définit les bonnes pratiques concernant l'informatique et les points de contrôles que l'auditeur informatique doit vérifier. Ce référentiel est orienté vers l'IT et on note, depuis quelques années, une lente évolution de Cobit vers la gouvernance des systèmes d'information. Mais cet élargissement se fait de manière difficile car les bonnes pratiques concernant le rôle du management, le pilotage des systèmes d’information, leur contrôle et leur maintenance sont d’une autre nature que celles concernant l’informatique.

La confusion entre la gouvernance informatique et la gouvernance des systèmes d'information a des conséquences graves. Elle se traduit inéluctablement par une faible gouvernance. Dans ces conditions les décideurs ont du mal à maîtriser leurs systèmes d'information et se sentent démunis face à ce qui leur paraît hors de contrôle. Face à ces incertitudes ils ont tendance à laisser les opérationnels se débrouiller comme ils peuvent avec les nombreux problèmes qui peuvent survenir.

Cela complique tout

De nombreux décideurs et beaucoup d’informaticiens sont perplexes face à la gouvernance des systèmes d’information. Ils ont le sentiment qu'on rendu les opérations plus complexes sans raison : " La mise en œuvre de la gouvernance des systèmes d’information est une opération compliquée qui dépassent nos moyens ", " Elle se traduit par une multiplication des règles et des contrôles", "Finalement cela complique la vie des équipes et allonge les délais inutilement", .

Toutes ces remarques montrent la crainte de voir des équilibres traditionnels remis en cause. En effet, depuis de nombreuses années les rapports entre les utilisateurs et les informaticiens sont complexes et dans certains cas conflictuels. On a essayé de réguler ces opérations à l’aide de chartes. On a tenté de définir des relations de type maitrise d'oeuvre - maitrise d'ouvrage. Mais cela n'a pas été un franc succès car ces mesures sont assez loin des concepts de base de la gouvernance des systèmes d'information. Effectivement, dans ces mesures ont plutôt eu tendance à compliquer les relations entre les différentes parties prenantes.

Mais l’observation montre que l'absence de règles de gouvernance des systèmes d’information à aussi des effets négatifs et notamment de compliquer les relations entre les utilisateurs, les informaticiens et le management de l'entreprise. La gouvernance a justement pour objectif de clarifier les rôles respectifs des différents intervenants concourant à un projet. Mais surtout la gouvernance a pour but de définir le rôle de chacun des différents intervenants : qui est responsable des données ? qui contrôle les traitements ? qui définit les opérations de maintenance à effectuer et leur degré d’urgence ? ….. L’objet de la gouvernance des systèmes d'information est de définir le rôle du management et des dirigeants d'entreprise sur ces systèmes. Son absence complique les opérations et allonge les délais.

Ça coûte cher

La critique la plus agressive contre la gouvernance des systèmes d’information est d’affirmer qu’elle augmente les coûts des opérations : " La gouvernance des systèmes d’information augmente les coûts ", " La multiplication d’organes de pilotage et de contrôle se traduit par des surcoûts ", " Il faut alléger les équipes pour les rendre plus efficaces ", …… Il est vrai que la mise en place de contrôles supplémentaires entraîne des coûts. Mais il ne faut pas oublier que l'absence de contrôles et la confusion des rôles entraîne aussi des surcoûts importants, souvent supérieurs aux coûts des contrôles. S’il y avait des comptabilités analytiques efficaces on verrait bien l'importance des surcoûts liés à l’absence de gouvernance.

La gouvernance est une idée d’auditeurs et de consultants

L'argument ultime contre la gouvernance des systèmes d’information est d'affirmer que cette démarche est promue par des intervenants extérieurs cherchant à augmenter leurs interventions : " C’est un moyen subtil d’augmenter le chiffre d’affaires des auditeurs et des consultants ", " Pour y arriver ils inventent des problèmes qui n’existent pas ", " C'est compliqué et en plus cela entraîne des dépenses inutiles ", …. 

C’est un procès récurent fait contre les experts. Si les processus fonctionnent mal c'est leur faute. Sans les accuser de le faire exprès on suggère qu'ils sont complices de la complexification des procédures. Mais il faut être clair, les consultants ne font que constater une situation insatisfaisante et ils proposent des mesures permettant de palier à ces défauts. Il est possible que certains on tendance à exagérer l’importance de ces problèmes, mais ce n’est pas la majorité des cas. 

Heureusement il existe aussi des bonnes nouvelles

Mais toutes les entreprises n'ont pas une attitude aussi négative et envisagent de manière plus positive la gouvernance des systèmes d’information. Il est vrai qu'ils y sont fortement incités par l'évolution des entreprises. En effet elles sont entrées depuis quelques années dans un processus de le transformation numérique de grande ampleur. C’est une mutation profonde qui va modifier de manière profonde la manière de faire des affaires. C'est un changement profond de leur organisation. Elles deviennent des plateformes informatiques dont le métier est de faire le lien entre des clients et des fournisseurs.

Pour réussir cette mutation il est nécessaire de mettre en œuvre une gouvernance efficace des systèmes d’information. Elle porte sur de nombreux points et en particulier :
      • La redéfinition de la stratégie de l’entreprise : quel sont les objectifs de l'entreprise, quels sont ses produits, quels sont ses services, quels sont ses clients, quels investissements doivent être effectuer, …. C’est le rôle de la transformation numérique qui est en cours dans de nombreuses entreprises. 
      • Les structures et le choix des hommes à mettre en œuvre pour atteindre ces objectifs. Il est certain que la transformation numérique va profondément modifier l’organisation générale de l’entreprise et de revoir les compétences nécessaires.
      • La gestion de projets complexes devient une préoccupation majeure dans la plupart des organisations. Autant pour des petits projets on peut recourir à des démarches agiles autant pour des opérations complexes et structurantes il est nécessaire de structurer et de renforcer les démarches.
      • …. 
La transformation numérique et la gouvernance des systèmes d'information se traduisent par un repositionnement complet de l’entreprise qui a des conséquences dans de nombreux domaines :
      • Les produits évoluent et comprennent de plus en plus de services comme la documentation, l’assistance au démarrage, l’assistance en ligne, le suivi de leur utilisation et notamment les incidents, la maintenance et le dépannage, ….
      • Les clients. Les entreprises ont besoin de mieux connaître leurs clients et notamment leurs centres d’intérêt et leurs attentes. Les relations avec les clients sont en train de changer notamment par le développement de la fidélisation.
      • Les prospects. Il est possible de rechercher des clients en dehors de la zone de chalandise habituelle, éventuellement dans d’autres pays. Il est dans ce cas nécessaire de traduire les sites, de gérer des monnaies différentes et des facturations avec des taux de TVA différents et des frais de transports.
      • Les processus de production, de R&D, de vente, … doivent être repensés de façon à les rendre plus efficaces. Il est nécessaire de réduire les délais de mise sur le marché des produits, de pouvoir produire rapidement des variantes des produits adaptés aux différents types de clients,
      • La logistique évolue rapidement avec la gestion du flux de marchandises, les progrès réalisés dans l’automatisation des entrepôts, notamment en automatisant le « picking », et de livrer rapidement les produits au client final.
      • ….
Les entreprises évoluent rapidement. Certaines font des investissements massifs et réalisent des progrès importants alors que nombreuses autres hésitent encore et attendent de voir plus clair dans tous les changements qu’il va être nécessaire d’effectuer. C’est peut-être moins risqué mais elles risquent de découvrir quelques années plus tard que leurs clients sont partis ailleurs. Il est certain que de nombreuses entreprises ne vont pas réussir cette transformation et seront éliminées du marché. Ce sera le cas des taxis versus Uber, des majors du disque versus Spotify ou Dezzer, des hôtels versus AirBnb, les hypermarchés versus Amazon, …

Mais l’évolution risque d’être lente

Aujourd’hui on constate que les entreprises françaises sont d’une grande prudence face à la transformation numérique alors le succès des entreprises de la nouvelle économie comme Amazon, Google, AirBnb, Uber, Facebook, Netflix, Spotify, You Tube, … est évident et chacun peut l’apprécier. L’innovation est évidente et patente. La transformation consiste à restructurer l’entreprise pour en faire un gigantesque système d’information reliant des clients et des fournisseurs autour d’un catalogue de produits ou de services.

Le processus de transformation a commencé il y a environ cinq ans et aujourd’hui le bilan est assez modeste. En fait cette évolution risque de s’étaler dans le temps et va probablement durer entre 20 à 30 ans. C’est une révolution mais elle se fait à petits pas. Mais rassurons-nous ce n’est pas la première fois qu’on observe de phénomène. Lors de la révolution industrielle on a ainsi constaté entre 1730 et 1800 dans le secteur textile l’apparition de nombreuses innovations dans le tissage (la navette volante) ou le filage (la spining jenny puis le waterframe). Cependant de nombreux tisserands ont continué de travailler de la manière traditionnelle. Ils ont fini ruinés. Il en a été de même pour toutes les innovations majeures comme la machine à vapeur, la production de fonte puis d’acier, le train, l’automobile, … C’est le processus classique de destruction créatrice théorisée par Joseph Schumpeter. En économie les transformations se font lentement avec l’apparition de nouvelles organisations et la disparition d’anciennes structures.


Quelques idées fondamentales

Heureusement il existe dans le domaine de la gouvernance des systèmes d’information un certain nombre de bonnes pratiques. Elles sont connues de tous et sont souvent appliquées. L’observation montre que les bonnes pratiques ne sont pas toujours appliquées. Le Club Européen de la Gouvernance des Systèmes d'Information a fait un premier recensement. Elle a permis d’identifier quatre grands domaines :
    1. Les bonnes pratiques concernant la conception des systèmes d’information.
    2. Les bonnes pratiques concernant le fonctionnement des systèmes d’information.
    3. Les bonnes pratiques concernant le pilotage des systèmes d’information.
    4. Les bonnes pratiques concernant l’évolution des systèmes d’information.
Au total près de 100 bonnes pratiques ont été identifiées. En ce qui concerne la conception des systèmes d’information elles sont assez voisines de celles concernant la gouvernance de l’informatique mais sur les trois autres domaines elles sont assez spécifiques.

Il existe deux textes différents présentant les bonnes pratiques de la gouvernance des systèmes d'information : une liste commentée de ces règles et un document plus complet détaillant chaque bonne pratique. Ces deux documents peuvent être chargées à partir du site Web du Club : https://www.cegsi.org ([2]).


Parmi ces 100 règles au moins 10 règles sont fondamentales

Parmi ces différentes règles 10 sont particulièrement importantes :
1)     Avoir des orientations claires,
2)      Énoncer une vision stratégique,
3)      Créer de la valeur pour l’entreprise,
4)      Evaluer systématiquement la création de valeur (rentabilité de l’investissement),
5)      Définir ce qui doit être transformé,
6)      Adapter les organisations en place,
7)      Désigner des responsables des systèmes d’information,
8)      Renforcer le rôle des dirigeants,
9)      Faire évoluer la culture de l’entreprise,
10)  Faire évoluer le rôle du DSI et des informaticiens.

Ces dix règles sont évidentes mais l’expérience montre qu’elles ne sont pas toujours mises en œuvre. Si seulement 6 ou 7 règles sont appliquées on est face à une gouvernance des systèmes d'information faible.

Détail des dix bonnes pratiques

1.     Avoir des orientations claires. Les systèmes d’information doivent reposer sur des orientations fixées par la stratégie de l’entreprise. Un nouveau système d’information doit aller dans le même sens que la stratégie de l’entreprise. S’il va dans un sens différent d’elle ou bien, ce qui est pire, s’il est en opposition avec cette dernière il risque de fonctionner de manière défectueuse ou être rejeté.
2.     Énoncer une vision stratégique. Pour avoir des systèmes d’information efficaces il est nécessaire que l’entreprise ait une stratégie permettant de fixer des objectifs applicables. Elle se traduit par une vision du marché, des clients, des produits, des services, … Un document clair doit la détailler et être connu de tous les salariés de l’entreprise.
3.     Créer de la valeur pour l’entreprise. Il est indispensable de s’assurer qu’un nouveau système d’information permet d’augmenter de manière significative la capacité de l’entreprise à créer de la richesse. Un système d’information qui n’apporte rien ou, pire, qui a un effet négatif sur ses résultats sera très vite abandonnée ou contournée.
4.     Evaluer systématiquement la création de valeur (rentabilité de l’investissement). Pour éviter d’avoir des systèmes d’information ne contribuant pas à la rentabilité de l’entreprise il est nécessaire de s’assurer, dès leur conception, qu’ils vont contribuer à la création de valeur. Si elle est faible ou incertaine c’est, pour tout décideur un indicateur d’alerte qui doit l’amener à chercher une solution plus efficace. Une fois le système d'information mis en œuvre il est nécessaire que la rentabilité prévue soit effective.
5.     Définir ce qui doit être transformé. Une partie importante des gains liés nouveaux système d’information tient à la refonte de l’organisation en place. Il souvent nécessaire de simplifier les tâches et linéariser les processus. Pour éviter des ruptures trop brutales il est recommandé de faire des changements incrémentaux car l’expérience montre que des bouleversements trop importants risquent de perturber le fonctionnement de l’entreprise. Un programme d’évolution doit être défini.
6.     Adapter les organisations en place.  L’efficacité du système d’information dépend pour une grande partie de la qualité de l’organisation mise en place. Elle comprend différents types de travaux :
-        l’identification des tâches, leur regroupement, leur suppression, leur fusion,…
-        la répartition des tâches entre les différents intervenants,
-        l’efficacité des contrôles mis en place,
-        le développement des compétences du personnel,
-        la formation des intervenants,
-       
La qualité de la conception de l’organisation est un facteur clé de l’efficacité des systèmes d’information. Celle-ci doit être évaluée périodiquement et des mesures d’amélioration doivent être prises.
7.     Désigner des responsables des systèmes d’information. Il est nécessaire qu’une personne soit responsable de la conception du système d’information et ensuite de son fonctionnement régulier. Ce peut être la même personne mais souvent ce sont deux personnes différentes. Souvent on confie cette responsabilité à un responsable hiérarchique mais il est aussi possible de confier cette charge à un responsable fonctionnel. Pour être efficace il est nécessaire qu’il ait la responsabilité de l’ensemble du système d’information et pas seulement d’une partie de celui-ci.
8.     Renforcer le rôle des dirigeants. Les orientations concernent le futur système d’information doivent être discutées et approuvées par le management et les décideurs de l'entreprise. C’est le rôle des comités de pilotage et des comités de direction. Ils doivent déterminer les grandes orientations, valider les principaux choix, fixer les priorités, arrêter les budgets, … L’absence d’engagement du management est une cause fréquente de dérive des opérations.
9.     Faire évoluer la culture de l’entreprise en liaison avec les systèmes d'information. Toute organisation à une culture spécifique qui permet de définir le rôle de chacun, les règles à appliquer, les comportements souhaitables, … Lorsqu’on fait évoluer les systèmes d’information, l’organisation et les méthodes il est nécessaire de faire simultanément évoluer la culture de l’entreprise.
10.  Repenser le rôle du DSI et des informaticiens. Dans ces conditions il est en particulier nécessaire de faire évoluer les rôles des informaticiens. Dans le passé ils étaient responsables de tout : la conception, la réalisation, l’exploitation et la maintenance des applications. Aujourd’hui les utilisateurs prennent des initiatives et il est donc nécessaire de faire évoluer les rôles de chacun. Un document doit définir de manière précise le rôle de chacun.





[1] - Ngram Viewer est un remarquable outil développé par Google permettant de connaitre la fréquence de mots clés dans l’ensemble de la littérature. Pour en savoir plus https://fr.wikipedia.org/wiki/Ngram_Viewer et pour l’utiliser : https://books.google.com/ngrams
Pour télécharger le texte complet  (en français) : https://www.cegsi.org/index.php/documents-a-telecharger/category/autres-documents
A cela s’ajoute différents textes importants pour comprendre les objectifs et les moyens de la gouvernance des systèmes d'information dont les trois suivants :
Le Manifeste de la Gouvernance des Systèmes d’information (en 4 langues portugais, anglais, espagnol et français) https://www.cegsi.org/index.php/documents/telechargement-du-manifeste-en-anglais-espagnol-francais-portugais
La Gouvernance des systèmes d'information, pourquoi ? (en 2 langues portugais et français) https://www.cegsi.org/index.php/documents/telechargement-du-document-la-gouvernance-des-systemes-d-information-pourquoi
Les concepts de base de la Gouvernance d’entreprise, gouvernance informatique et gouvernance des systèmes d'information (en français) https://www.cegsi.org/index.php/documents/les-concepts-de-base-de-la-gouvernance

dimanche 2 février 2020

Investissements en système d’information et productivité


Par Claude Salzman

Depuis 60 ans les entreprises investissent massivement dans leurs systèmes d’information en matériels et, de plus en plus, en logiciels. Au début on informatisait principalement cinq applications : la facturation, la comptabilité clients, la comptabilité générale, la paie et les stocks. Si les volumes à traiter étaient importants ces applications étaient rentables. C’était l’ère des traitements de masse. A partir des années 80 les micro-ordinateurs ont profondément changé la donne. Les employés et les cadres ont découverts les PC et on a assisté à une multiplication du nombre et de la variété des applications possibles avec notamment le traitement de texte, les tableurs, les petites bases de données, … Puis avec le développement des réseaux locaux et d’Internet on a assisté au développement de nouvelles applications comme la messagerie, le Web, …  Mais est-ce qu’elles sont rentables ?
Honnêtement personne le sait. Il est probable que toutes les entreprises du monde n’ont pas investi des sommes aussi importantes uniquement pour faire plaisir à IBM, Apple, Microsoft, … On peut raisonnablement penser qu’elles en tirent quelques avantages. Mais, curieusement, on a du mal à mesurer des gains de productivité et d’efficacité liés à ces investissements. Il est vrai que si ce n’était pas le cas pour quelles raisons continueraient-elles d’investir massivement dans leurs systèmes d’information ?

Curieusement on ignore le montant des investissements effectués en systèmes d’information

Cependant lorsqu’on veut connaître le montant réel des investissements en systèmes d’information on constate très vite l’absence de statistique. Par contre on connaît assez bien les dépenses informatiques car plusieurs organismes cherchent à les évaluer notamment l’OCDE, le Gartner, IDC, … En France l’INSEE et l’OFCE s’efforcent de les estimer. Au niveau mondiale le Gartner les évalue à 3.790 milliards de dollars en 2019 et les estime à 3.925 milliards de dollars en 2020.


Ces dépenses informatiques comprennent les achats fait par les services informatiques et les utilisateurs : matériels, logiciels système et logiciels de base, applications bureautiques et de gestion, achats de prestations à des sociétés de service (traitements, développements spécifiques, délégation de personnel, …) et les frais ce communication.
Il faut faire attention au fait que ce dernier chiffre comprend aussi les dépenses faites en matière de téléphonie pour un montant de 1.500 milliards de dollars. Une partie correspond à des communications informatiques mais une grande partie est due aux conversations téléphoniques entre personnes. Mais les évolutions de la technologie font qu’il est quasiment impossible de les distinguer car les données comme les bavardages passent sur les mêmes réseaux fonctionnant sous IP. Dans ces conditions il est difficile de ce qui fait partie du système d’information et ce qui devrait en être exclu [1].
Mais ce montant de la dépense informatique ignore les dépenses du service informatique et en particulier les dépenses de personnel informatique (chef de projet, analyste, programmeur, exploitants, …) mais aussi les maintenances (matériels et logiciels) (qui ne figurent pas déjà dans les rubriques précédentes), les locaux, l’énergie consommés par les ordinateurs, sans oublier les consommables (papier, toner, support de stockage, …). Ce montant est difficile à évaluer mais il doit être de l’ordre de 1.500 milliards de dollars [2] soit ajoutés aux 3.800 milliards d’achats on arrive à un total de l’ordre de 5.300 milliards. Le PIB mondial, selon la Banque Mondiale, est égal à 85.406 milliards de dollars en 2018. Les dépenses informatiques représentent don 6,2 % [3] du PIB.
Cependant ce montant mélange des dépenses d’investissement informatique et des dépenses de fonctionnement informatique. De plus il ignore les dépenses de la maîtrise d’ouvrage liées à la conception et à la réalisation des systèmes d’information ?

Tentative d’évaluation des montants des investissements en système d’information et donc de leur coût global

Il est d’abord assez étonnant de constater qu’il n’existe pas d’évaluation globale des sommes investies dans les systèmes d’information. On sait d’expérience que ces investissements comprennent deux parties : les investissements informatiques à proprement parler et les dépenses des maîtres d’ouvrage liées à l’investissement.
Les investissements informatiques au sens strict du terme comprennent :
-        les achats de matériels et de logiciels de base,
-        les achats de progiciels,
-        les coûts des développements internes ou externes
-        les coûts des tests,
-        les dépenses de mise en place des applications.
Les dépenses des maîtres d’ouvrage liées aux projets correspondent :
-        au temps passé par les utilisateurs à spécifier la future application,
-        suivre de la réalisation,
-        effectuer les tests de l’application,
-        former des utilisateurs,
-        l’ensemble des coûts de démarrage vu du côté des utilisateurs.
Sur ces 5.300 milliards de dollars de dépenses informatique on peut estimer que le pourcentage des investissements est égal à 50 % du budget informatique soit un montant des investissements informatique de l’ordre de 2.700 milliards de dollars. Ce montant croit plus ou moins régulièrement et dans ce montant on constate une baisse régulière du coût des matériels ce qui fait que leur poids relatif diminue. Mais simultanément on constate que le pourcentage du software augmente régulièrement.
A ces montants s’ajoutent les dépenses de maitrise d’ouvrage et de gestion de projets qui est de l’ordre de 10 % du montant des investissements informatique. Ceci fait que les investissements mondiaux dans les systèmes d’information seraient de l’ordre de 3.000 milliards de dollars [4].
Pour apprécier l’importance de ces montants il faut les rapprocher du total des investissements effectués dans le monde. Ils sont en moyenne de l’ordre de 17,5 % du PIB. Sur la base d’un PIB mondial de 85.400 milliards de dollars le total d’investissements tout confondu est de 15.000 milliards de dollars. Ceci fait que les investissements en système d’information représentent environ 20 % des investissements des entreprises et des administrations. Les 3.000 milliards de dollars représentent donc de l’ordre 3,5 % du PIB. Bien entendu ce pourcentage est variable d’un pays à l’autre et varie dans le temps. Pendant les vingt ans allant de 1980 à 2009 il a régulièrement progressé. A la suite de la crise de 2008-2009 cette progression s’est stabilisée mais il n’y a pas eu d’effondrement comme on aurait pu le craindre.
Mais ce montant n’est pas le coût total des systèmes d’information qui comprend en plus des investissements en système d’information le montant des dépenses informatique de fonctionnement, hors amortissements, auxquels s’ajoutent les montants correspondants aux temps des utilisateurs à travailler sur les systèmes d’information (saisie des informations, contrôle des bases de données, consultation et exploitation de ces informations). Ce montant est bien entendu variable d’un métier à l’autre et à l’intérieur d’une entreprise d’une fonction à l’autre. Il est très variable mais il est de l’ordre de 8 à 10 fois le total de la dépense informatique proprement dite, soit, sur la base de l’estimation précédente des dépenses informatiques de 5.300 milliards de dollars, on arriverait à un montant compris entre 42.400 à 53.000 milliards de dollars soit de l’ordre de 50 % du PIB et même peut être plus. Certains ont un effet direct sur la croissance et d’autres n’ont pas d’effets, voir diminuent le PIB [5].
Ainsi la moitié de la valeur ajoutée crée dans le monde, et donc de la richesse, serait liés au développement des systèmes d’information. Cependant il faut relativiser ce pourcentage car il existe encore dans le monde un grand nombre de systèmes d’information qui ne recourent pas à l’informatique, pas seulement dans les pays en voie de développement, mais aussi dans les économies avancées. Mais, avec le temps, leur nombre diminue.

L’impact des investissements en système d’information sur la croissance économique

Ils varient aussi selon la nature de l’investissement. Ces dépenses ont un effet positif sur la croissance. Plus on investit plus le taux de croissance est important. Cependant d’un pays à l’autre les investissements ont plus ou moins d’impact sur la croissance. Ces écarts sont en grande partie dus à la qualité des investissements effectués. De plus leur rentabilité est variable dans le temps. Ainsi au 19ème siècle les investissements ferroviaires étaient des facteurs de croissance importants. Au début du 21ème siècle ce n’est plus le cas.
Qu’en est-il des investissements dans les systèmes d’information ? Pour cela il faudrait disposer pas de statistique des investissements effectués dans le domaine des systèmes d’informations par pays sur une longue période. Malheureusement on ne dispose pas de ces données. Par contre l’OCDE a établi des statistiques des dépenses informatiques par pays sur longue période notamment le montant des investissements informatiques et leur impact sur la croissance. On peut faire l’hypothèse qu’il existe une bonne corrélation entre les dépenses d’investissement informatiques et les dépenses des investissements en système d’information. On se rappellera que l’écart entre ces deux montants est de l’ordre de 10 %.
Selon les statistiques de l’OCDE les investissements en informatique représentent entre 12 % et 28 % du total des investissements réalisés (rapporté au PIB ils varient de 2 % à 4,2 %) et leur contribution à la croissance varie entre 0,33 % et 0,8 % de PIB. Comme on le voit plus on investit en informatique plus ces dépenses contribuent à la croissance économique.

Inv ICT/FBCF
Contribution
inv.ICT/PIB
Portugal
12,00%
0,35%
2,10%
France
13,00%
0,33%
2,00%
Irlande
14,50%
0,60%
2,20%
Italie
15,50%
0,40%
2,30%
Japon
15,50%
0,50%
3,70%
Allemagne
16,50%
0,40%
2,40%
Finlande
17,00%
0,33%
2,50%
Danemark
19,00%
0,55%
2,60%
Australie
20,00%
0,62%
3,30%
Canada
21,00%
0,72%
3,20%
Pays Bas
21,00%
0,68%
3,50%
Suède
22,00%
0,55%
3,20%
Grande Bretagne
22,00%
0,58%
3,20%
USA
28,00%
0,80%
4,20%

Investissements informatiques par rapport au total des investissements et au PIB et leur contribution à la croissance 2000-2009 source OCDE

Comme le montre le graphique ci-dessous il existe une assez bonne relation entre le poids des investissements informatiques et leur contribution à la croissance. Le coefficient de corrélation est de 0,6 :
                        Y = 0,1729 X + 0,0003
où Y est la croissance du PIB et X le montant des investissements informatiques par rapport au PIB. On note que dans cette relation la part constante est voisine de zéro et qu’un point de PIB investit en informatique se traduit par un taux de croissance de 0,17 % supplémentaire

.

L’importance des gains de productivité et d’efficacité

Les investissements en systèmes d’information ont un double impact :
-        Les gains de productivité. Les systèmes d’information permettent de réduire le coût des opérations comme la paie, la facturation, … Ils ont été massifs au cours de la période 1960 à 1990. Ces gains sont, en grande partie, liés à la massification des traitements.
-        Les gains d’efficacité. Ils jouent un rôle croissant depuis 2000 en développant le chiffre d’affaires des entreprises et surtout leur marge nette. Ces progrès peuvent être mesurés par le ratio de la valeur ajouté par salarié. Le succès des GAFA montre l’ampleur de ce phénomène.
Pour s’en assurer il serait souhaitable d’effectuer des études de rentabilité de tous les grands projets et d’une sélection de projets de taille moyenne. Or, il faut bien le constater, les évaluations de gains sont rares. On estime que moins de 10 % des projets bénéficient d’une étude de ROI (Return On Investment) et les évaluations de gains à postériori sont exceptionnels. Pire, à notre connaissance, aucune entreprise ne cherche à estimer régulièrement les gains globaux liés aux investissements effectués dans les TIC. Ceci montre qu’il y a encore des marges de progrès importantes à réaliser en matière de gouvernance.

Le rapport :« L’investissement des entreprises françaises est-il efficace ? »

Face à ces faiblesses France Stratégie et la Fabrique de l’Industrie ont cherché à comprendre ce qui se passe dans le secteur de l’industrie et ont publié un rapport de 79 pages (pour télécharger le rapport cliquez ici : https://www.strategie.gouv.fr/publications/linvestissement-entreprises-francaises-efficace ). Est-ce que l’industrie française investie suffisamment dans les TIC et quel est leur impact ?


Première constatation étonnante : les entreprises industrielles françaises investissent plus que leurs homologues des pays voisins :
-        En France ces investissements représentent 25,7 % de la valeur ajoutée crée.
-        En Allemagne ils sont égaux à 19 % de la valeur ajoutée.
Comment expliquer cet écart ? Est-ce que l’Allemagne investis moins ou investis mieux ? Est-ce que l’industrie allemande crée plus de valeur ajoutée pour un même montant d’investissement en TIC ? Quel est l’impact de cet écart ? L’observation montre que la productivité et la compétitivité ne reflètent pas l’importance de l’effort d’investissement effectué par l’industrie française.
Deuxième constatation : d’une manière générale le poids des investissements immatériels est particulièrement élevé en France. Cependant ce montant ne comprend pas des achats de TIC, les dépenses de R&D, les achats ou le développement de logiciels, les bases de données, mais aussi la publicité et le marketing, le « capital organisationnel », la formation ainsi que les œuvres récréatives, littéraires ou artistiques originales et l’exploration minière. Curieux méli-mélo !

Des chiffres troublants

Comme le montre le graphique ci-dessous (figure 3.2 du rapport), l’importance du poids des investissements du secteur manufacturier en France est en grande partie due aux investissements immatériels. Ils sont supérieurs à celui de l’Allemagne, du Royaume-Uni et même des USA. Cependant la France on n’est pas seul dans ce cas. La Suède fait mieux. Dans le cas de la France ceci est dû à l’importance des dépenses informatiques.

Lorsqu’on décompose le taux d’investissement (figure 3.6 du rapport) on constate que les investissements en logiciels et en bases de données en France représentent 5,6 % de la valeur ajoutée alors que dans les autres pays ils sont beaucoup plus faibles car ils sont compris entre 1 et 2 %. Comment expliquer un tel écart ? On dépenserait cinq fois plus en informatique en France qu’en Allemagne ! Cela laisse rêveur.
De même les dépenses en Recherche et Développement sont beaucoup plus élevées en France qu’en Allemagne avec 11,3 % de la valeur ajoutée contre 8,1 %. Etonnant ! Plus étrange la Grande Bretagne est à 5,2 % et l’Italie à 4 %. Le record européen est détenu par la Suède avec 18,3 %. On ferait près de 5 fois plus de R&D en Suède qu’en Italie. Cela parait un peu étrange.

L’évolution des dépenses immatériels du secteur industriels au cours des 20 dernières années, entre 1995 à 2015 (figure 3.3 du rapport), montre que dans la plupart des pays ces dépenses sont faibles et progressent lentement. C’est notamment le cas de l’Allemagne, des Pays-Bas, de la Grande Bretagne, de l’Italie et de l’Espagne. Elles sont comprises entre 2 % et 10 %. Ainsi l’Allemagne est passé de 7 % à 9 % tandis que l’Espagne a doublé son ratio de 2 à 4 % mais elle reste le pays ayant le taux d’investissement immatériel le plus faible.
Le cas de la Suède et la France sont l’exception. Les dépenses d’investissements immatériels sont passés en France de 11 % à 17 % soit une progression de + 55 % mais la Suède fait mieux en passant de 12 % à 20 % soit + 67 %. Dans le cas de la France la croissance est régulière avec une petite accélération à partir de 2006. La crise de 2008-2009 n’a pas eu d’impact sur ce pourcentage contrairement à la Suède et l’Allemagne. Il semble que l’importance de ces dépenses sont, en grande partie, dues aux dépenses informatiques : logiciels et bases de données.

Si on isole les seules dépenses informatiques (figure 3.4 du rapport) on a la confirmation que la France est dans une situation particulière comparée aux 7 autres pays pendant 20 ans. On peut distinguer à trois situations :
-        4 pays oscillant entre 1,5 % à 2,5 % en légère progression. C’est le cas de l’Italie, des Pays-Bas, de la Suède et de la Grande-Bretagne.
-        2 pays ayant des dépenses informatiques particulièrement basses : l’Espagne et l’Allemagne avec des taux compris entre 0,5 % et 1,2 %.
-        La France avec des dépenses informatiques particulièrement élevé comprises entre 4,7% et 6,1 %. On constate une baisse de plus de 1 % entre 2001 et 2004 puis une nette remontée à partir de 2011.
Ainsi les entreprises industrielles de la France dépenseraient trois fois plus que la moyenne des autres pays et entre 5 et 9 fois plus que les pays les plus économes. Cela devrait se voir !


Quatre hypothèses pour expliquer la situation exceptionnelle de la France

Il y a manifestement un cas spécifique de la France. Le rapport L’investissement des entreprises françaises est-il efficace ? donne quatre pistes pour expliquer cette situation :
-        Le crédit d’impôt recherche (CIR), notamment depuis sa réforme de 2008, inciterait les entreprises à développer des applications nouvelles. Mais ceci joue sur le poste R&D plus que celui des logiciels et des bases de données.
-        Le recours massif à l’externalisation notamment à la réalisation informatique. En effet les logiciels peuvent être développés en interne ou externe mais les coûts de ces deux approches sont sensiblement voisins et cela n’explique pas un taux trois fois supérieur.
-        Dans l’ensemble des investissements immatériels il n’y a pas que l’informatique. Le rapport pointe en particulier le poids élevé de la publicité, du marketing, du capital organisationnel et de la formation en France.
-        Le développement de produits ou de services recourant à un niveau de conception élevé se font dans le pays mais dont une partie de la production est sous-traitée à l’étranger. La France serait un grand bureau d’études et les fabrications se feraient en Chine. C’est le modèle Apple. Il est possible que des cas de ce type existent en France mais ce n’est probablement pas le cas général.
Ces explications sont intéressantes mais n’explique pas un écart de 1 à 3, voire de 1 à 10. On ne peut pas exclure qu’il existe d’un pays à l’autre des différences d’évaluation et d’imputation de certaines charges.

Une autre hypothèse est envisageable

Mais à côté de ces explications il en existe une autre, nettement plus probable, liée à la rentabilité des projets en France ou plus généralement à leur management. Dans la masse des projets certains sont excellents mais il y en d’autres qui posent problème. Dans ces conditions on peut envisager trois hypothèses différentes :
-        Les investissements en systèmes d’information ne sont jamais rentables. Il n’y a pas de gains ou ceux-ci sont dérisoires et ne couvrent pas les dépenses qu’ils occasionnent.
-        Une partie des projets sont rentables mais de nombreuses autres ne le sont pas. Ceci fait qu’ils pèsent sur la rentabilité globale de ces investissements. Ceci serait dû à un manque de rigueur lors de la sélection des projets, à un pilotage insuffisant des opérations ou à une sous-utilisation des systèmes en place.
-        Il n’est pas possible de mesurer l’impact des systèmes d’information. On peut aussi faire l’hypothèse qu’on ne peut pas calculer les gains de productivité ou d’efficacité, comme il n’est pas possible de mesurer la rentabilité d’un système d’information manuel. Est-ce qu’on a l’idée de chercher à calculer la rentabilité des crayons billes !
La première hypothèse est absurde car si c’est ce cas on peut se demander pour quelles raisons toutes les entreprises du monde et toutes les administrations dépenseraient 3.000 milliards de dollars par an en investissement dans leurs systèmes d’information sans qu’il n’y ai aucune contrepartie. Cela représente 3,5 % du PIB. Certains pensent qu’en la supprimant on doublerait les profits des entreprises. Mais est-ce si sûr ? Ne risquerait-on pas plutôt un effondrement des profits des entreprises.
La troisième hypothèse est intéressante. Il existe de nombreux investissements dont il est difficile de calculer la rentabilité. C’est par exemple le cas lorsqu’où on replace un équipement par un autre. Un camion ayant fait 400.000 kilomètres est usé et il faut le remplaçant par un nouveau camion. Comment peut-on dans ces conditions calculer la rentabilité de ce type investissement ? C’est très difficile voire impossible. Pour pallier à cette difficulté les entreprises calculent des amortissements qui sont ensuite incorporés dans les coûts de revient. Il en est de même du remplacement d’un ordinateur et on devrait en faire de même pour les logiciels. Mais ceci est actuellement rarement fait.
Certains cas sont délicats. Par exemple, comment peut-on calculer la rentabilité d’un plan de formation ? Ce n’est pas évident. Par contre on sait d’expérience que si on ne le fait pas on peut craindre que dans quelques années l’entreprise sera en dans une situation délicate.
Mais heureusement la plupart des investissements faits en système d’information sont rentables voir très rentables. Si ce n’était pas le cas comment pourrait-on les « vendre » aux décideurs et aux actionnaires ?
Pour cette raison je penche pour la deuxième hypothèse. Le fait est qu’il existe à côté d’applications à fort ROI (avec des retours de l’ordre d’un an) de nombreux projets qui n’ont jamais été rentables et ne le seront jamais comme les ERP, le traitement de texte, … Mais si on réinstalle dans les entreprises des machines électro-comptables et des machines à écrire je ne pense pas que cela déchainera l’enthousiasme des foules.
Il est vrai qu’un certain nombre de projets sont mal pilotés et dérapent. Les délais s’allongent et les coûts suivent. On estime que c’est le cas d’environ un tiers des projets et la dérive des coûts est du même ordre de grandeur. On dit souvent, avec humour, que la dérive est le facteur , c’est-à-dire que le budget d’origine est multiplié par 3,14. Mais, en réalité, ces cas sont exceptionnels. En moyenne la dérive est dix fois moindre à environ 30 %. Il est certain dans ces conditions que la rentabilité de ces projets devient incertaine.

Rapport du CNP sur le « Productivité et compétitivité où est la France ? »

Mais le vrai problème est celui de la productivité. Il existe aux USA un débat sur son évolution mené par Robert Gordon dans un article paru en 2012 : « Is US economic growth over? Faltering innovation confronts the six headwinds » puis dans un livre devenu célèbre en 2016 « The Rise and Fall of American Growth » [6]. Il affirme que la forte croissance économique du 19ème et du 20ème jusqu’en 1970 a été une situation exceptionnelle due à de nombreuses innovations mais depuis cette date il y a moins d’innovations. Il pointe en particulier les nouvelles technologies qui n’ont pas eu d’impact significatif et cela s’est traduit par une baisse significative du taux de croissance de la productivité. En particulier, l’informatique n’aurait pas eu l’impact espéré.
En Europe on constate aussi une baisse de la croissance de la productivité. Pour mieux comprendre ce qui se passe la Communauté Européenne [7] a incité les Etats à étudier de près ce phénomène. En France on a créé pour suivre l’évolution de la productivité : le Conseil national de productivité. Le premier rapport du CNP est paru en avril 2019 (Pour télécharger le rapport cliquez ici https://www.strategie.gouv.fr/publications/productivite-competitivite-france-zone-euro).


Il constate que la productivité a été élevée entre 1945 et la fin des années 80. Cela a correspondu à la période de la reconstruction de l’après-guerre et du rattrapage de l’économie française par rapport à l’économie américaine. Mais depuis le début des années 90 on constate une baisse significative de rythme de croissance de la productivité. On est passé de 1,2 % (1985-2000) à – 0,4 % (2007-2011). Depuis la fin de la crise on note une lente remontée avec + 0,4 % (2012-2016) [8]. On constate le même phénomène dans tous autres les pays développés.



Cinq facteurs explicatifs

Le rapport du Conseil National de Productivité identifie cinq facteurs expliquant cette baisse :
-        Poids des secteurs à faible productivité. Le renforcement du poids dans l’ensemble de l’économie des secteurs connaissant de faibles gains de productivité comme les services, le commerce, la banque et l’assurance, … Par contre le poids de secteurs bénéficiant de forts gains de productivité comme l’industrie diminue régulièrement. « La part de l’industrie est passée de 30 % en 1980 à environ 15 % de l’emploi du secteur marchand ». De plus certaines politiques ont eu des effets paradoxaux : « La politique de réduction des cotisations sociales employeurs sur les bas salaires en France, qui a contribué à l’intensification de la croissance en emploi, a pu mécaniquement freiner les gains de productivité du travail ».
-        La baisse de la contribution des TIC à la croissance. C’est « entre 1995 et 2004 que la contribution des TIC à la croissance de la productivité horaire du travail a été la plus importante. Sur la décennie suivante, cette contribution chute de 0,5 point en moyenne annuelle aux États-Unis où elle était la plus forte à 0,15 entre 2004 et 2015. En zone euro, où l’effet des TIC a été moins puissant, la contribution annuelle moyenne chute entre les deux périodes de l’ordre de 0,15 point ». Elle serait passé en quelques années, pour l’ensemble de la zone euro, de 0,25 % à 0,11 % du taux de croissance du PIB.
-        La baisse des taux d’intérêt. Elle s’est traduite par la fourniture d’importantes facilités financières accordées aux entreprises et notamment à celles qui sont peu rentables ou même en pertes. Cela s’est traduit par une réduction du nombre d’entreprises éliminées à cause de leur rentabilité insuffisante.
-        Un ralentissement de la réallocation des facteurs de production. Les entreprises décroissantes ne transfèrent pas leur capital excédentaire vers celles qui sont en forte croissance. Ceci est dû au fait que les politiques de la concurrence, commerciale et industrielle mise en œuvre par les entreprises les incite à limiter le processus de réallocation des facteurs de production ce qui a eu tendance à freiner la croissance de la productivité globale de l’économie.
-        Une divergence croissante des gains de productivité des entreprises. Dans un même secteur l’écart entre les entreprises qui se trouvent à la frontière technologique (c’est-à-dire les plus productives) et celles qui sont à la traîne. Ceci serait dû à un ralentissement du processus de diffusion des technologies.
Comme on le voit, selon le Conseil National de Productivité, plusieurs facteurs expliquent le ralentissement du rythme de croissance des gains de productivité. Les TIC ne sont qu’un des facteurs du ralentissement et c’est peut-être le moins conséquent. Il est probable que le développement des activités tertiaires à faible valeur ajoutée comme les hôtels, la restauration, le gardiennage, la sécurité, le nettoyage, … a un effet beaucoup plus conséquent sur l’évolution de la productivité que les TIC.

L’approche de l’INSEE

Dans le rapport annuel des Comptes de la nation portant sur l’année 2018 l’INSEE a publié une étude très intéressante sur l’évolution de la productivité entre 2005 et 2015 [9]. Constatant la baisse du taux de croissance de la productivité [10] l’INSEE dégage 4 facteurs expliquant cette situation :
-        Inefficacité de l’allocation des facteurs de production entre les entreprises. Certaines entreprises ne croissent plus ou même connaissent une baisse de leur chiffre d’affaires. Dans ces conditions elles disposent alors d’un excédent de capital. Pendant ce temps il existe de nombreuses entreprises en forte croissance manquant de capital. Ceci se traduit par une moindre productivité du total du capital national investi.
-        Diminution du rattrapage de productivité des entreprises les moins productives. La crise de 2008-2011 n’a pas permis à ces entreprises d’amélioration de leur situation car elles voyaient leur chiffre d’affaires stabilisé voir en baisse. De plus la politique de réduction des taux d’intérêt voulue par la BCE s’est traduite par des crédits abondants et bons marchés. Les entreprises fragiles en bénéficient comme les autres et cela leur permet de survivre malgré leur faible productivité.
-        Regain du dynamisme de la frontière technologique. Face à la crise les grandes entreprises et les groupes, qui étaient déjà proches de cette frontière, ont massivement investi dans les technologies. Elles ont ainsi significativement amélioré leur productivité et elles ont ainsi élevé le niveau de leur productivité qui était déjà excellent. Ce n’est pas le cas des autres entreprises et notamment des PME. La distance entre ces deux groupes d’entreprises c’est donc accrue.
-        Augmentation de la dispersion des productivités. Ceci explique la croissance de l’écart entre la productivité des entreprises les plus productives et celle qui le sont moins. On va pour cela calculer un indicateur de productivité en rapportant le montant de la valeur ajoutée au nombre de salariés de l’entreprise. Ensuite on calcul un indice mesurant l’écart entre les entreprises se situant à la frontière ou proche de celle-ci et les 10 % d’entreprises les moins productives. En 2000 les entreprises à la frontière étaient 4,4 fois plus productives que les moins productives. En 2015 le rapport est passé à de 4,7. Comme on le voit entre 2000 et 2015 la dispersion a augmenté.
Les analyses du Conseil National de Productivité et l’INSEE sont assez convergentes. Cependant la baisse du taux de croissance n’est pas inéluctable. Depuis deux ans on constate l’inversion du phénomène. Entre 2014 et 2016 on assistait à un net ralentissement de la progression de la croissance de la productivité passant de 1 % en 2014 à 0,3 % en 2016. En 2017 on a observé à un net phénomène de rattrapage avec un bond de 2,4 % puis en 2018 une croissance plus faible de 1,4 %. Ce chiffre est très voisin de celui constaté au cours de la période faste allant de 1994 à 2002. Est-ce un phénomène transitoire ou une nette reprise de la croissance de la productivité ? Les prochaines années apporteront une réponse.

Nécessité de développer la gouvernance des Systèmes d’Information

Dans ces conditions il est important d’arriver la croissance annuelle de la productivité autour de 1,5 %. Il est certain que la technologie joue un rôle important dans ce processus et notamment les systèmes d’informations. Dans ces conditions il nécessaire de renforcer et de généraliser l’usage des bonnes pratiques en matière d’informatique et de système d’information. Il faut notamment :
-        Être très sélectif sur les projets. Un trop grand nombre d’applications ne sont pas rentables et quoi qu’on fasse elles ne le seront jamais. Trop de projets aurait dû être évité. Pour éviter ces investissements à perte une évaluation il est indispensable d’effectuer préalablement à leur réalisation mesurent leur impact de façon à s’assurer de sa valeur pour l’entreprise.
-        Renforcer la gestion de projet. Une des causes fréquente de dérive des projets tient à la faiblesse du management des opérations. Pour éviter ces errements il est important de renforcer les études amonts et de contrôler a posteriori l’impact des applications opérationnelles par rapport à ce qui était prévu à l’origine.
-        Revoir périodiquement le portefeuille des applications existantes. Trop d’applications opérationnelles sont peu efficaces et pèsent sur les coûts globaux de l’informatique. Elles nécessitent d’avoir de fortes maintenances et leur exploitation est souvent délicate. Pour éviter cette situation il est nécessaire de les revoir et d’éliminer ou de remplacer ces « usines à gaz ».
-        Intégrer la démarche informatique dans une approche de type système d’information. L’informatique est la base permettant de faire fonctionner les systèmes d’information. La transformation numérique repose en grande partie sur une profonde évolution des technologies informatiques : Internet, le Web, les bases de données réparties, … Leur généralisation se traduit par une évolution considérable des systèmes d’information.
-        Renforcer le rôle croissant du management et des décideurs. Il est important qu’ils prennent la responsabilité des systèmes d’information. Mais ce n’est pas facile. Ils ont du mal à les maîtriser à cause de l’inculture informatique d’un grand nombre de décideurs. Pendant trop longtemps ils ont pris l’habitude de sur-délégué les choix aux directeurs informatiques qu’on appelle souvent les directeurs des systèmes d’information comme s’ils avaient un quelconque pouvoir sur les systèmes d’information de l’entreprise.
-         …..
Ces différentes bonnes pratiques reposent sur quelques grands principes de la gouvernance des systèmes des systèmes d’information. Ces règles sont connues de tous mais, hélas, elles sont trop souvent négligées.

Les principes de gouvernance des systèmes d’information

Le Club de la gouvernance des systèmes d’information a recensé les bonnes pratiques liées à la gouvernance des systèmes d’information [11]. On a recensé une centaine parmi les quelles dix sont particulièrement importante :
1.     Avoir des orientations claires. Les systèmes d’information doivent reposer sur des orientations basées sur la stratégie de l’entreprise. Un nouveau système d’information doit aller dans le même sens que la stratégie de l’entreprise. S’il va dans un sens différent d’elle ou bien, ce qui est pire, s’il est en opposition avec cette dernière il risque de fonctionner de manière défectueuse où être rejeté.
2.     Énoncer une vision stratégique. Pour avoir des systèmes d’information efficaces il est nécessaire que l’entreprise ait une stratégie permettant de fixer des objectifs applicables. Elle se traduit par une vision du marché, des clients, des produits, des services, …
3.     Créer de la valeur pour l’entreprise. Il est indispensable de s’assurer qu’un nouveau système d’information permet d’augmenter de manière significative la capacité de l’entreprise à créer de la richesse. Un système d’information qui n’apporte rien ou, pire, qui a un effet négatif sur ses résultats sera très vite abandonnée ou contournée.
4.     Evaluer systématiquement la création de valeur (rentabilité de l’investissement). Pour éviter d’avoir des systèmes d’information ne contribuant pas à la rentabilité de l’entreprise il est nécessaire de s’assurer, dès leur conception, qu’ils vont contribuer à la création de valeur. Si elle est faible ou incertaine c’est, pour tout décideur un indicateur d’alerte qui doit l’amener à chercher une solution plus efficace.
5.     Définir ce qui doit être transformé. Une partie importante des gains liés nouveaux système d’information tient à la refonte de l’organisation en place. Il doit être possible de simplifier les tâches et linéariser les processus. Pour éviter des ruptures trop brutales il est recommandé de faire des changements incrémentaux car des bouleversements trop importants risquent de perturber le fonctionnement de l’entreprise.
6.     Adapter les organisations en place.  L’efficacité du système d’information dépend pour une grande partie de la qualité de l’organisation mise en place. Elle comprend différents types de travaux :
-        l’identification des tâches, leur regroupement, leur suppression, leur fusion,…
-        la répartition des tâches entre les différents intervenants,
-        l’efficacité des contrôles mis en place,
-        le développement des compétences du personnel,
-        la formation des intervenants,
-       
La qualité de la conception de l’organisation est un facteur clé de l’efficacité des systèmes d’information.
7.     Désigner des responsables des systèmes d’information. Il est nécessaire qu’une personne soit responsable de la conception du système d’information et ensuite de son fonctionnement régulier. Ce peut être la même personne mais souvent ce sont deux personnes différentes. Souvent on nomme un responsable hiérarchique mais on peut aussi confier cette charge à un responsable fonctionnel. Pour être efficace il est nécessaire qu’il ait la responsabilité de l’ensemble du système d’information et pas seulement d’une partie.
8.     Renforcer le rôle des dirigeants. Les orientations concernent le futur système d’information doivent être discutées et approuvées par le management et les décideurs de l'entreprise. C’est le rôle des comités de pilotage et des comités de direction. Ils ont comme rôle de déterminer les grandes orientations, valider les principaux choix, fixer les priorités, arrêter les budgets, … L’absence d’engagement du management est une cause fréquente de dérive des opérations.
9.     Faire évoluer la culture de l’entreprise. Toute organisation à une culture spécifique qui permet de définir le rôle de chacun, les règles à appliquer, les comportements souhaitables, … Or, lorsqu’on fait évoluer les systèmes d’information, l’organisation et les méthodes il est nécessaire de faire simultanément évoluer la culture de l’entreprise.
10.  Repenser le rôle du DSI et des informaticiens. Dans ces conditions il est en particulier nécessaire de faire évoluer les rôles des informaticiens. Dans le passé ils étaient responsables de tout : la conception, la réalisation, l’exploitation et la maintenance des applications. Aujourd’hui les utilisateurs prennent des initiatives et il est donc nécessaire de faire évoluer les rôles de chacun.







[1] - Peut être que les conversations professionnelles comme les « conf calls » font partis des systèmes d’information ?
[2] - Dans un service informatique le personnel et les dépenses annexes représente un pourcentage de l’ordre du tiers du budget informatique
[3] - L’économie mondiale 2020, CEPII, La Découverte, page 120.
[4] - Ces évaluations sont faits à la « louche ». Mais grosso modo l’ordre de grandeur est vraisemblable.
[5] - C’est le cas des investissements faits sur subvention et qui échouent.

[6] - “The Rise and Fall of American Growth : The U.S. Standard of Living since the Civil War”, 2016 Princeton University Press, (ISBN 9780691175805) voir aussi “Is US economic growth over? Faltering innovation confronts the six headwinds ” NBER 2012. Pour télécharger l'article cliquez ici : https://www.nber.org/papers/w18315.pdf


[7] - Une recommandation du Conseil européen de septembre 2016 a demandé à tous les États membres de l’Union européenne qui partagent l’euro de mettre en place un conseil national de productivité.
[8] - Comme cet indicateur varie de manière importante d’une année sur l’autre, selon le découpage choisi, on peut lui faire dire une chose ou son contraire. Si on considère la période allant de 2001 à 2018 selon les chiffres de l’OCDE on constate une croissance moyenne de 1 % par an malgré la baisse effective de la productivité constatée au cours de la crise entre 2007 et 2009.
[9] - L’économie Française, Comptes et Dossier, Edition 2019, La productivité en France de 2000 à 2015 : poursuite du ralentissement et hausse modérée de la dispersion des entreprises

[10] - Contrairement à ce qui est souvent répété il n’y a pas de baisse de la productivité mais une baisse du taux de croissance de la productivité. Elle est faible mais elle reste positive.