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vendredi 16 janvier 2026

Le marché mondial du Cloud : Amazon, Microsoft et Google (les AMG) face à la Chine

 par Bernard Laur

Il y a 20 ans le marché du Cloud était insignifiant. Amazon pour assurer dans de bonnes conditions son activité de distributeur s’était suréquipée en serveurs. Pour rentabiliser ses investissements elle a eu l’idée de vendre de la capacité de stockage. Le Cloud était né. Certaines entreprises audacieuses ont alors eu l’idée de mettre dans le Cloud certaines applications transactionnelles : vente de billets (d’avion, de train, de spectacles, … ), achats de logiciels, de matériels et de service, consultation de compte, logistique, … Aujourd’hui un grand nombre d’entreprises mettent une part croissante de leurs applications dans le Cloud. Certaines ont même mis tous leurs traitements informatiques sur le Cloud.

Ainsi, en quelques années, le Cloud est devenu un marché considérable estimé à 900 milliards de dollars en 2025 avec sur plusieurs années une croissance de l’ordre de 20 % par an. On estime qu’en 2030 il sera de 2.300 milliards de dollars ! Certains prévoient même un triplement de la taille du marché. Pour apprécier l’importance de ce montant on se rappellera que la dépense informatique mondiale, hors télécommunications et services, est estimée à 4.250 milliards de dollars en 2025.

Ce marché est dominé par les opérateurs américains notamment Amazon (AWS) avec une part de marché de 30 %, Microsoft de 20 % et Google de 13 %. A eux trois, les AMG représentent 63 % du marché mondial. La répartition géographique de ce marché montre que les USA représentent, à eux seul, 390 milliards de dollars soit 43 % du marché mondial et l’Asie, Chine comprise, 270 milliards de dollars soit un peu moins de 30 %. Quant à l’Europe avec 160 milliards de dollars elle ne représente que 17,4 % du total. Pour mémoire le marché français est de 6 milliards de dollars soit moins de 1 % du marché mondial !

Une croissance solide

Différents facteurs expliquent cette croissance rapide. Il y a d’abord le besoin de puissance massive de calcul. Ceci est en partie due à l’Intelligence Artificielle et notamment l’IA Générative. Mais il y a aussi la migration d’un nombre élevé d’applications des centres de traitement des entreprises vers le Cloud.

Dans les années à venir sa croissance sera portée par :

-        L’Intelligence Artificielle (et pas seulement l’IA Générative),

-        L’Edge computing à cause de la multiplication des objets connectés,

-        Le cloud hybride et le muticloud pour renforcer la sécurité et maîtriser les coûts,

-         

De plus un certain nombre d’applications sectorielles vont se développer comme l’imagerie médicale, la génomique, les jumeaux numériques, la gestion des risques, l’optimisation de la consommation d’énergie, les smarts grids, … A tout cela s’ajoute le fait que ces évolutions se feront dans un contexte de digitalisation accélérée des entreprises.

 Pour faire face à ces nouveaux besoins on va assister à une forte croissance du nombre des centres de traitement. On estime qu’actuellement il y en a 12.000 dans le monde dont 6.100 publics et parmi ceux-ci il y a de l’ordre de 1.100 à 1.300 centres hyperscales (ce sont des plateformes avec plus de 500.000 serveurs). Il n’y en a actuellement que deux en France pour 322 datacenters cloud au total. Or, on estime que leur nombre va doubler dans les cinq prochaines années.  

 Les facteurs de freinage possibles

Mais ces prévisions reposent sur un certain nombre d’hypothèses qui peuvent s’avérer trop optimistes et différents facteurs peuvent freiner la croissance du marché du Cloud :

·         La réalité de l’explosion de l’IA et de ses gigantesques besoins peuvent s’avérer moins importante qu’on le présume. La bulle de l’IA peut éclater ou un nouvel « hiver » de l’IA se produire.

·         Le principal frein concerne la disponibilité d’une énergie électrique « pilotable et décarbonée ». Pilotable car on peut l’activer et la moduler à la demande. Décarbonée car émettant peu de CO2. Ce qui limite les sources au nucléaire, à l’hydroélectrique et au géothermique. Des contraintes pratiques peuvent par ailleurs se produire comme une pénurie d’électricité ou son coût excessif, un réseau de distribution électrique inadapté, incapable de fournir la puissance nécessaire, l’indisponibilité d’énergie décarbonée, …

·         De même pour créer de nouveaux centres il est nécessaire de disposer des surfaces  importantes situées près des réseaux de fibre et des réseaux électriques. La contrainte du foncier risque de peser lourd, combinée à des réactions défavorables des populations alentour.

·         Les délais pour obtenir toutes les autorisations nécessaires peuvent ralentir les opérations.  Il faut ensuite réaliserles travaux, installer les équipements et enfin connecter le centre aux réseaux. Il faut compter pour ce faire un délai compris entre 3 et 6 ans. Il est donc nécessaire d’anticiper ces opérations.

·         Pour faire fonctionner ces centres il est indispensable de disposer d’un personnel qualifié en nombre suffisant. Or on manque déjà de candidats. On estime que dans le monde on recherche pour ces fonctions 1,6 million de personnes or il n’y a que 500.000 professionnels ayant les compétences nécessaires. De plus, on pense que ce déficit de compétences risque de s’aggraver dans les années à venir.

·         Chaque data center représente en moyenne un investissement de l’ordre d’un milliard de dollars. Ce sont donc des investissements considérables. On estime que dans les années à venir entre 700 et 1.000 milliards de dollars par an devront être investis pour construire tous ces centres. Il est donc nécessaire de trouver les financements indispensables. Or les gestionnaires de fonds d’investissement (assurances, caisses de retraites, banques, capital risque, …) sont généralement prudents et hésitent à s’engager dans des opérations qui leur semblent trop risquées.

·         A cela s’ajoutent les risques habituels comme l’instabilité politique de certains pays, une fiscalité excessive, les règlementations inadaptées ainsi que des contraintes juridiques (RGPD, DMA, DSA, IA Act, Cloud Act, objectifs de souveraineté, …) et des problèmes de cybersécurité et de confidentialité.

Dans ces conditions il est nécessaire d’être attentifs aux politiques suivies par les leaders du marché du Cloud que sont Amazon, Microsoft et Google mais aussi des challengers européens ou chinois. Ces différents intervenants ont des points forts et des points faibles qu’il est nécessaire de connaître. Les modèles économiques sont différents et cela a des conséquences importantes sur l’évolution des prestations offertes, sur le niveau de sécurité et sur les coûts.

Les évolutions prévisibles des différents intervenants sur le marché du Cloud

L’analyse montre que les positions des trois leaders sont solides. Cependant certains ont des fragilités potentielles comme Google qui tire l’essentiel de ses revenus de la publicité sur Internet. L’autre inconnue importante est le temps qui sera nécessaire pour arriver à solvabiliser les services de l’IA Générative actuellement fournies gratuitement. Sous ces réserves leurs positions sont solides et il est très probable qu’ils garderont leur leadership et probablement leurs parts de marché pendant les années à venir.

La Chine a trois leaders : Alibaba, Huawei et Tencent. Le marché intérieur chinois est gigantesque et de plus il est solidement protégé. Les firmes occidentales n’ont aucune possibilité de s’implanter. Les chinois visent les marchés asiatiques, du Moyen Orient et d’Afrique. La menace potentielle sur les positions des hyperscalers américains est assez faible.

Quant aux européens (OVH, Ionos, Deutch Telecom, …) ce sont des opérateurs de petite taille qui jusqu’alors ont relativement peu investi pour bâtir des infrastructures de Cloud. De plus ils s’adressent à des marchés fragmentés. Il existe pourtant des opportunités comme celle d’échapper aux lois américaines d’extra-territorialité comme le Patriot Act et le Cloud Act. Mais le désir de « souveraineté numérique » ne s’est jusqu’alors que peu traduit par un changement de fournisseur de Cloud. Dans ces conditions l’Europe, dont la France, risque de voir passer les trains.

La France a pourtant une opportunité majeure et unique en Europe car elle dispose d’importants excédents d’électricité nucléaire décarbonée quelle peut proposer à des prix compétitifs. Une opportunité qui risque d’être compromise  par les orientations du PPE3 (Programmation Pluri-annuelle de l’Energie 3) en cours de validation qui promeut les énergies alternatives  (éolien, solaire) non privilégiée par les fournisseurs de cloud car non permanentes induisant par ailleurs une hausse potentielle des prix.

 

Ce texte est un résumé de la conférence faite par Bernard Laur au Club de la Gouvernance des Systèmes d’Information le Mercredi 7 Janvier 2026 sur le thème « Amazon, Microsoft et Google (les AMG) face à la Chine sur le marché mondial du Cloud ». Elle a permis de faire le point sur ce sujet et de répondre à quelques questions clés comme :

-        Quels sont les facteurs de développement du Cloud ?

-        Est-ce qu’une croissance de 20 % à 25 % est soutenable sur une moyenne période ?

-        Quel est le rôle de l’Intelligence Artificielle dans le développement de ce marché ?

-        Est-ce qu’il existe des freins à cette expansions et vont-ils changer la donne ? Vont-ils invalider les prévisions ?

-        Comment seront financés les énormes besoins d’investissement dans le Cloud et en particulier le développement de l’IA ?

-        Est-ce que des progrès et des innovations vont limiter l’effet de ces freins ?

-        Les modèles économiques des leaders du cloud vont-ils se maintenir (l’e-commerce pour AWS, les services pour Microsoft, le web et la publicité pour Google) ?

-        Le poids des trois leaders américains peut être remis en cause par des acteurs chinois ou européens ?

-        ….

 Lire ci-dessous le support de la présentation de l’exposé de Bernard Laur :

 Slide

1.      Cloud : un marché en hyper croissance                                                  4

2.      Projections 2020 : un futur incertain dû à l’IA                                       7

3.      Les moteurs de la croissance                                                                   8

4.      Les freins majeurs                                                                                   9

5.      Les besoins d’investissement en IA                                                       20

6.      Les modèles économiques des hypersacalers                                         21

7.      La monétarisation pour l’Intelligence Artificielle sur le Cloud             23

8.      Géopolitique du Cloud                                                                           25

9.      Les implications pour la France                                                              26

10.  En conclusion                                                                                          28

 


  

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